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Visage de feu: l'adolescence qui tourne mal

Le dramaturge allemand Marius Von Mayenburg transpose la tragédie grecque dans le quotidien de deux adolescents avec Visage de feu que présente Territoire 80 dans la salle intime du théâtre Prospero. Tissée d’incompréhension, d’ambiguïté, de marginalité et de drame il s’agit d’une pièce qui reste avec le spectateur et sur laquelle on réfléchit longuement après l’avoir vue.

 

La scénographie de Cédric Delorme-Bouchard toute de drapés blancs au centre pour la chambre à coucher des deux jeunes gens, ajoutant sur la gauche une table de DJ et un amas de toutous géants et à droite une porte donnant sur une salle de bain où fonctionne une sécheuse est un parfait mélange d’onirisme et de réalisme. Ce sont dans ces lieux délimités (et c’est un tour de force dans ce tout petit espace) qu’Olga et Kurt vont se livrer à des jeux qu’on pourrait qualifier d’interdits avec les interventions ponctuelles des parents, parents dont l’aveuglement et la médiocrité atteint des sommets. Ces figures d’autorité, qu’on ne voit jamais mais dont on entend les voix, sont interprétées avec brio par Nathalie Claude et Stéphane Crête. Marie Fannie Guay et Solo Fugère incarnent les enfants de cette famille qui ne fonctionne vraiment pas bien.

 

Deux ados, donc, qui se cherchent et qui cherchent leur place dans ce monde. Coincés entre des parents idiots et l’incompréhension généralisée rencontrée chaque jour, ils se réfugient dans un imaginaire tordu, explorant des avenues prohibées et jouant de leurs fantasmes. Kurt, cependant, voudra concrétiser sa rébellion et posera des actes qui auront d’effroyables conséquences.

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La mise en scène de Laurence Castonguay Emery met l’accent sur la physicalité, peut-être pas autant qu’on pourrait s’y attendre mais suffisamment pour qu’on ressente la difficulté d’adolescents d’habiter ces corps en perpétuel changement en même temps qu’ils sont à la recherche de leur identité. Alors que Marie Fannie Guay transmet la naïveté mêlée de sensualité sauvage de son personnage et qu’elle est parfaitement crédible, Solo Fugère semble rencontrer des difficultés à investir son rôle de garçon qui na l’air de rien mais qui est plein de violence et de révolte. Son jeu est inégal et il sonne souvent faux lors de ses interventions.  Ce n’est qu’à la fin lors de la puissante conclusion de cette pièce qu’il nous offrira une véritable performance.

 

Je ne connaissais pas le travail de Marius Von Mayenburg et Visage de feu m’a semblé une excellente introduction. L’adaptation qu’en a fait Guillaume Corbeil, utilisant une langue qui nous est familière et qui résonne avec justesse, véhicule également tout le non-dit contenu dans ce texte. C’est une incursion dans un monde parallèle rempli de petits drames, de petites tragédies qui vont bientôt prendre des proportions inhumaines. Car ce sont encore des enfants qui évoluent devant nous et leur affolante lucidité ne nous fait pas oublier qu’ils ne possèdent ni le jugement ni l’expérience nécessaires pour faire des choix éclairés. Ce qui constitue un début d’explication à certains actes dont les motivations nous demeurent énigmatiques et qui suscitent l’horreur au sein de nos communautés. Visage de feu s’installe dans nos têtes comme une blessure triste et terrifiante  tellement il est angoissant de constater que pour se sentir vivants, de beaux jeunes gens intelligents doivent tout détruire autour d’eux.

 

Marie-Claire Girard

 

Visage de feu : Une production Territoire 80, à la salle intime du Prospero jusqu’au 14 octobre 2017.



02/10/2017
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