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Quand la pluie s'arrêtera

Il y a beaucoup de bonnes choses à dire sur cette première production de la saison du théâtre Jean-Duceppe. Quand la pluie s’arrêtera du dramaturge australien Andrew Bovell est une pièce dense qui dévoile petit à petit les terribles secrets qui ont marqué les générations successives d’une famille, les York, d’abord à Londres puis à Alice Springs en Australie avec comme toile de fond un climat sans pitié.

 

Le décor d’Alain Gagné est superbe: un mur de cordes, métaphore de la pluie qui tombe constamment, un plancher brillant comme un miroir évoquant des pavés sous l’averse, quelques chaises et accessoires utilisés judicieusement. La mise en scène de Frédéric Blanchette prend le temps d’installer les lieux et les personnages et la direction des comédiens est impeccable. Tout le monde est excellent dans cette pièce et j’ai particulièrement apprécié la performance de Véronique Côté, habitée par son personnage d’Élizabeth, une femme que le destin va briser. De son côté Normand D’Amour, le lien ultime en 2039 de toutes ces personnes et ces événements, offre une remarquable composition de cet homme qui subit, sans trop s’en rendre compte, l’atavisme qui a marqué l’histoire de sa famille.

 

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Ce sont les femmes qui sont détentrices des secrets dans cette pièce. De cette merveilleuse Élizabeth qui raconte à son mari des anecdotes sur Diderot jusqu’aux deux Gabrielle York, la même femme jeune puis âgée qui mettent, sans trop le vouloir, leurs descendants sur la piste de la connaissance. Dans cet univers où les poissons tombent du ciel, les révélations proviennent de l’intérieur des âmes, des rencontres fortuites et des retours vers le passé, comme une science infuse dont les détenteurs n’ont pas toujours conscience.

 

J’ai quelques bémols à propos de cette pièce que j’ai par ailleurs beaucoup appréciée. Au début Gabriel York reçoit un coup de téléphone de son fils qu’il   pas vu depuis vingt ans et, bouleversé, raccroche. Il veut le rappeler et pour ce faire compose le 69 (ou je ne sais trop quoi) qui lui donne le dernier numéro entrant. Si on est en 2039, ça m’étonnerait beaucoup que cette technologie ne soit pas tombée en désuétude et qu’il n’y ait pas une autre façon de connaître le numéro de la dernière personne qui nous a appelé. Et il y a aussi le problème des quatre Gabriel(le) dans la pièce. (En plus, je suis allée voir la représentation avec mon ami Gabriel, je peux dire que ma confusion était totale). C’est difficile pour le spectateur de s’y retrouver parfois et ça prend un bon moment avant de comprendre qu’il s’agit des mêmes personnages à des époques différentes. Et de saisir aussi qu’un tel est le fils de celui-ci et le petit-fils de celle-là etc. etc. Il faut donc se livrer à des exercices de gymnastique intellectuelle, ce qui nous distrait du propos sur scène.

 

Mais je crois qu’on peut d’emblée voir déjà l’empreinte de la nouvelle direction artistique qui prendra les rênes pour la saison 2018-2019 dans cette production de LAB87, la compagnie de David Laurin et Jean-Simon Traversy. Et le théâtre Jean-Duceppe ainsi que le public ne peut que s’en féliciter. Quand la pluie s’arrêtera exige un engagement de la part du spectateur mais déambuler dans ces lieux, ces émotions et ces aveux constitue un fascinant voyage.

 

Marie-Claire Girard

 

 



12/09/2017
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