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Les manchots d'Olivier Kemeid

L’admirable décor de Romain Fabre, trois chambres d’hôtel qui se téléscopent et où évoluent trois hommes, est selon moi la meilleure chose de la nouvelle pièce d’Olivier Kemeid présentée au Théâtre de Quat’Sous. L’espace qui se tamponne et carambole se révèle extrêmement efficace. Au début, on se demande comment la mise en scène (également d’Olivier Kemeid) va se débrouiller pour rendre dynamique l’effet de ces trois chambres vues simultanément et les allées et venues qui en découlent. Le pari est astucieusement relevé, disons-le.

 

Hélas, on ne peut pas en dire autant du reste. Kemeid voulait montrer les effets de la guerre ou d’une insurrection sur les occupants des chambres d’un grand hôtel sur la place principale d’une ville. On le sait, ce sont dans ces hôtels que les médias établissent leur quartier général mais c’est aussi là que des tireurs d’élite s’installent et blessent ou tuent manifestants ou représentants des forces de l’ordre. Il y a donc ces deux personnages, un journaliste et un sniper auxquels le dramaturge ajoute un père originaire de l’endroit qui est à la recherche de son fils. Une infirmière blessée lors d’échanges de coups de feu deviendra le catalyseur qui déterminera la rencontre entre ces trois hommes.

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Sasha Samar est le père éploré, Paul Ahmarani le sniper et Kevin McCoy le journaliste. Kevin McCoy est le seul qui a quelque chose à se mettre sous la dent, jouant entre les appels téléphoniques de sa mère qui s’inquiète pour lui et le topo qu’il doit produire pour la radio où il travaille. Les seuls moments de comédie reposent également sur lui et il s’en tire plutôt bien lorsqu’il utilise les clichés de rigueur et qu’il arrange un peu la vérité pour rendre son reportage plus vivant. Paul Ahmarani et Sasha Samar se retrouvent pour leur part à ne jouer que dans un seul registre, fâché et bougon pour le sniper, accablé et affligé pour le père. C’est très dommage, ai-je pensé, de limiter d’aussi bons comédiens de la sorte. Larissa Corriveau, de son côté, incarne l’infirmière blessée et après qu’elle eut recouvré ses esprits elle se révèle sentencieuse et plutôt antipathique.

 

Je n’ai pas compris les motivations du tireur qui déclare qu’il ne veut pas que son pays s’évapore (car viser les pieds des gens sur la Place changerait cela?) non plus que la douleur complètement intellectualisée du père. Leur souffrance n’est pas crédible, on n’y croit pas. Les personnages des Manchots  (parce que, nous dit-on, ils n’ont plus de bras pour étreindre ce qu’ils aiment) ne seront même pas des notes en bas de page dans l’Histoire qui s’écrit. Et ils se révèlent tous, à divers degrés, insupportables ou irritants.

 

Olivier Kemeid a installé une distance entre lui et ses personnages, entre ces mêmes personnages et leurs motivations. Il a traité le tout d’une façon trop cérébrale, évacuant l’émotion et ne trouvant rien pour en remplacer l’impact. Aucun élément, aucune situation ne dérangent ou ne déstabilisent le spectateur. Mais le pire c’est que le résultat est assommant comme une après-midi de parloir. On s’en fout de ces gens, ils ne nous touchent en rien et on sort du théâtre en constatant qu’il n’y a eu ni consolation, ni rédemption et que rien ne nous a marqué. J’étais sortie bouleversée de Moi, dans les ruines rouges du siècle que j’ai vu en 2013, également d’Olivier Kemeid et où jouait Sasha Samar. Mais dans Les Manchots rien ne rejoint l’universalité du propos de Moi, dans les ruines… L’écriture est trop tenue, trop guindée et tient à distance toute velléité d’humanisme. Le résultat est morne, froid et stérile à l’image des chambres d’hôtel où l’action se déroule.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : David Ospina

Les manchots : Une production Trois Tristes Tigres, au Quat’Sous jusqu’au 1er avril 2017.



17/03/2017
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