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Le songe d'une nuit d'été: Une merveille!

Quel bonheur que ce Songe d’une nuit d’été présenté au Théâtre Denise-Pelletier! Parlons des passions humaines! De sous-entendus sexuels, de calembours, de foisonnement langagier, de l’abondance des points de vue et des motivations, du comique dans toute ses nuances qui n’exclue pas la présence des sentiments et de la féconde contradiction de deux univers qui s’opposent et se complètent! Je ne dirai jamais assez mon amour et mon admiration pour Shakespeare dont l’œuvre est universelle, intemporelle et inégalée. Cette production mise en scène par Frédéric Bélanger (que je pense aussi aimer d’amour) est une pure merveille. On en ressort très gais, ravis, charmés. Une réussite sur toute la ligne.

 

Le songe d’une nuit d’été c’est aussi une intrigue folle qui permet toutes les adaptations, ce dont Frédéric Bélanger ne se prive pas. Il puise dans cette corne d’abondance qui ne cesse jamais de donner et démontre plus que jamais que cet auteur mort il y a 400 ans est toujours aussi moderne et pertinent. Transposée dans un milieu urbain, dans un décor futuriste et dépouillé ou le mot DREAM est mis en évidence et domine tout, avec des musiciens sur scène, la mise en scène demande des comédiens un investissement physique considérable. Il y a de nombreuses trouvailles, dont les bulles d’un champagne métaphorique (absolument charmant) et une version du Haka, cette danse de guerre Maori exécutée par une Olivia Palacci délirante. Et comme dans D’Artagnan et les trois mousquetaires il utilise  de nouveau ce flash tellement amusant d’envoyer cette fois-ci un Puck un peu confus dans l’auditoire pour poser une grande question métaphysique sur la cravate ou le nœud papillon.

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La direction de comédiens est impeccable, exploitant tous les possibles. Dany Boudreautl est un magnifique Puck, extrêmement ambigu, cruel et retors mais aussi capable de gestes désintéressés. Steve Gagnon entre dans la peau d’un Démétrius exaspéré dont l’amour pour Hermia n’est pas payé en retour et qui doit composer avec les assauts (le mot n’est pas trop fort) d’Helena, une hilarante Karine Gonthier-Hyndman qui, même si elle se fait traiter de limace dysfonctionnelle et de larve idiote, ne baisse jamais les bras. Et les scènes où elle s’acharne pour se faire aimer de Démétrius relèvent du plus haut comique. Gabrielle Côté en Hermia, assure une présence ardente dans son amour pour Lysandre (Hubert Lemire) qui est le seul comédien que j’ai trouvé un peu fade dans cette galerie de personnages tous plus colorés les uns que les autres. La Titania de Maude Guérin est à la fois altière et sensuelle, à la merci de ses émotions et tributaire des machinations d’un Oberon maître du jeu, rendu à la perfection par un Étienne Pilon envoûtant et aussi quelque peu inquiétant. Et les trois lurons, Olivia Palacci, Adrien Bletton et Jean-Philippe Perras sont irrésistibles. Ils nous introduisent à la pièce au début, se moquent du quatrième mur et endossent plusieurs rôles car comme ils le disent si bien, la pièce comporte 22 personnages et le budget ne permettant pas cela, il faut donc faire avec moins.

 

Steve Gagnon, à la traduction, se devait de rendre les images, le rythme, les correspondances, l’inimitable couleur, la folie et la fulgurance qui habitent ce texte. Contrairement à François-Victor Hugo qui en a fait une version française que je trouve compassée, Steve Gagnon a produit un Songe… résolument fantasque qui se permet des libertés, quelques divergences, des ajouts et des retranchements qui respectent absolument l’esprit et la lettre de Shakespeare. C‘est une version, disons, contemporaine mais hors du temps et de l’espace où il permet à Helena de s’exclamer: Voyons, Lysandre. Allo! C’est moi!  Et où il n’a pas craint les jokes de cul très, très drôles et adaptées au goût du jour. Car dans les pièces de Shakespeare on trouve aussi un humour trash et une morale élastique: heureusement, tout ne finit pas toujours dans un bain de sang.

 

C’est une pièce juteuse, délicieuse et exubérante. Les projections vidéo qui émaillent la pièce montrent les comédiens se maquillant ou se démaquillant ou leur entrée en scène en provenance des coulisses. On nous montre en fait l’envers du décor, le je est un autre des acteurs, comment le rêve devient réalité, et comment tout est possible, y compris les lutins et les fées. Comment, en fait, tout peut devenir l’étoffe dont on fait les songes.

 

Crédit photo : Gunther Gamper

 

Le songe d’une nuit d’été : Une coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et du Théâtre Advienne Que Pourra, au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 18 avril 2018.



23/03/2018
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