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Le clone est triste: comique et intelligent

Je suis complètement ravie d’écrire que Le clone est triste d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay, présenté au Théâtre aux Écuries, est une réussite, que c’est fort drôle et qu’il s’agit là du texte et de la production les plus aboutis de ce duo.

 

J’ai souvent dit à leur sujet que leurs pièces partaient dans toutes les directions, que leurs créations manquaient de poli et de finition, qu’ils pouvaient faire mieux, quoi. Cette fois-ci, l’équipe de joyeux lurons qui compte, en plus d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay, Marie-Claude Guérin, Philippe Prud’homme et Navet Confit ont de quoi se mettre sous la dent. L’histoire se tient et n’est pas exempte de profondeur mais a gardé cette énergie échevelée et cet humour super inventif qui caractérise le Théâtre du Futur.

 

Nous sommes en 2,136 dans un salon confortable meublé de divans de velours, de guéridons et d’un piano à queue. Enfants d’influenceurs, les cinq personnages composent le Club des Marquis et se qualifient de détectives mondains; ils portent des titres de noblesse (Navet Confit devient le Vicomte de Rutabaga), ont de l’argent à ne savoir qu’en faire et affichent une culture et une érudition impressionnantes. Lorsque l’ennui les gagne ils décident de se mettre à la recherche du dernier Baby-Boomer qui, âgé de 184 ans (il est né à Saint-Romuald en 1952) est toujours fringant grâce aux organes prélevés sur ses clones.

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On croyait les Baby-Boomers éradiqués, on les a accusés de crimes contre la Terre et on leur a interdit de se cloner. Mais il y a ce Gilles Douillette (et son clone, Robert) qui sont passés entre les mailles du filet. S’ensuivront une série de scènes toutes plus invraisemblables les unes que les autres et une avalanche de références extrêmement drôles, un feu roulant hilarant qui ne laisse aucun répit aux spectateurs.

Entre autres : la présentation de la pièce Quelle galère au TNB (Théâtre du Nouveau Beloeil), une biographie de Joël Le Bigot, qui donne lieu à un moment de théâtre absolument délirant; une critique de la Génération X, négligée par les parents et se cherchant des emplois dans les années 90 en envoyant des CV bourrés de fautes; un ahurissant Festival Hommage à Beau Dommage dans le Vieux-Port et tant d’autres choses qu’on reste sidéré devant une telle avalanche d’imagination et de créativité.

 

Le jeu des comédiens (qui s’en donnent visiblement à cœur joie et s’amusent comme des petits fous) est très physique : ils courent, sautent, dansent, chantent et excellent dans ce délire collectif survolté où il n’y a aucun temps mort. Philippe Prud’homme (Philippe IV de Prud’homme) accompagne en musique avec Navet Confit en plus de tenir plusieurs rôles et il y a un moment délicieux où il joue une courte pièce de Rachmaninov riche d’images, de sensations et d’émotions. Car comme leur Hommage à Beau Dommage fictif, Le clone est triste est nourri de nostalgie et d’une culture peut-être appelée à disparaître et plutôt que de tomber à bras raccourcis sur la génération des Baby-Boomers on leur reconnaît subtilement de bien grandes qualités et on leur envie leur passage sur terre où ils ont fait l’amour à la vie.

 

Dans ce 22ème siècle, nous dit la pièce, on veut moins de science et plus de feeling. À travers cette comédie, c’est au triomphe de l’humain auquel on assiste. Avec cette histoire surréaliste et absurde, on nous dit des choses sérieuses : il faut être léger parfois pour faire passer ce qui est important. On rit parce que c'est drôle et intelligent et Olivier Morin et Guillaume Tremblay réussissent à nous donner de la joie sans qu’on soit obligé de se débarrasser de la plupart de nos objets et de plier nos vêtements à la verticale. Le clone est triste est un texte délicieusement fantasque, vraiment follement bon et qui s’assume d’un bout à l’autre. Ne manquez pas ça.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Josée Lecompte

Le clone est triste : Une production du Théâtre du Futur, aux Écuries jusqu’au 16 février 2019.



31/01/2019
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