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Je suis mixte: Heureusement, il y a Yves Jacques

Je suis mixte  de Mathieu Quesnel débute plutôt lentement. Ça va prendre un gros 45 minutes avant que l’on sache de quoi il retourne exactement, 45 minutes pendant lesquelles il y aura du cabotinage, des interruptions, des retours sur le texte et les élucubrations d’un mon oncle tannant qui joue avec les lumières. Finalement, on apprend que François (Benoit Maufette), trentenaire de Drumondville qui travaille dans l’entreprise familiale de nettoyage industriel, casé dans une petite vie ronronnante avec femme, enfant, bungalow, piscine hors-terre et thermopompe connaîtra une illumination lors d’un voyage d’affaires en Allemagne.

 

Un séjour à Berlin en compagnie d’un musicien allemand rencontré par hasard sera le déclencheur d’une remise en question. Mais on ne parle pas ici d’une gifle existentielles provoquée par la culture, l’art ou la musique mais bien d’une visite dans un sauna berlinois où tout le monde est tout nu ce qui sera l’occasion de décrire abondamment des corps féminins. François ne voudra plus retourner à sa vie d’avant, il va revivre une adolescence composée de baises, de beuveries et de parties de ping-pong, rongé tout de même de culpabilité lorsqu’il pense à sa petite fille de quatre ans.

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Comment François fait pour vivre à Berlin n’est pas très clair. Il crèche chez le musicien et ferait de la Performance, passant du nettoyage industriel à l’expression théâtrale le temps de crier lapin. Ce qui m’est apparu assez invraisemblable pour un type aussi ordinaire qui n’est habité par aucune passion particulière. Finalement son oncle (Yves Jacques) le rejoint à Berlin, la grande question étant : retourner à Drumondville ou demeurer en Europe.

 

C’est un grand bonheur que de voir Yves Jacques sur scène, ce qui n’est pas fréquent. Le registre exceptionnel du comédien est un petit peu exploité puisqu’il joue aussi le musicien allemand mais c’est dans la peau de l’oncle qu’il a manifestement le plus de plaisir et qu’il nous en procure tout autant. Yves Jacques est vif, drôle et charismatique. Follement amusant, il chante aussi très bien accompagné de Navet Confit qui met son grain de sel dans cette histoire.  La performance de ce très grand comédien souligne cependant la banalité du rôle de son neveu.

 

Et je crois que le problème majeur de cette pièce réside dans le texte de Mathieu Quesnel. Les motivations de François, à part faire le party, ne sont jamais claires. Je l’ai dit, ce personnage est terriblement falot et inintéressant et son questionnement demeure uniquement en surface. Je n’ai pas cru une minute à son soi-disant malheur ou à sa quête pour on ne sait trop quoi. Pour lui, la libération, la liberté, semblent passer par la nudité mais le comédien ne semble pas du tout à l’aise dans sa peau et on ne peut pas vraiment dire que le corps exulte. L’oncle, par contre, véhicule une urgence de vivre, une soif d’aventures qui font de ce notaire retraité un personnage multidimensionnel, à la fois rêveur et lucide.

 

Je ne sais pas où Mathieu Quesnel voulait en venir avec cette histoire d’ado attardé narcissique fuyant ses responsabilités. La fin, volontairement ambiguë, n’indique d’aucune façon le choix que fera François. On sort de là ravis d’avoir vu évoluer Yves Jacques sur une scène et on en aurait pris davantage. Pour le reste…bof.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Renaud Pettigrew

Je suis mixte : Une production Tôtoutard en collaboration avec La Manufacture, à La Licorne jusqu’au 26 octobre 2018.

 



03/10/2018
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