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C'est le printemps, il y a du baseball

Avec les bourgeons, les crocus, les tulipes, les lilas, les petits oiseaux qui gazouillent sur la branche, la pluie qui fait verdir les gazons, les eaux de mars, les travaux de fin de session et les filles légèrement vêtues, l’un des signes indéniables du printemps c’est le retour de mon sport préféré : le baseball.

 

Je sais, je sais, les Expos ont évacué Montréal en 2004 et se sont métamorphosés en Nationals de Washington. Bien sûr que j’étais une partisane des Expos lorsque la franchise se trouvait à Montréal mais je ne professe pas le masochisme et dans mon cœur, depuis toujours, depuis en fait un article sur Mickey Mantle lu dans les années soixante, j’avais toujours gardé dans un coin une admiration indéfectible pour les Yankees de New York. Et depuis 2004, ce sont eux que j’aime. Quoique depuis quelques saisons et surtout depuis le départ de Derek Jeter, mon idole, cette équipe a perdu beaucoup de son âme. J’attends qu’elle renaisse.

 

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Je sais, je sais, il y a beaucoup de fans des Red Sox de Boston par ici (je les abhorre avec passion, les Red Sox, pas les fans) qui me vilipendent à la première occasion. Qui me disent que les Yankees, avec leur incroyable masse salariale, achètent littéralement les championnats. So what? Je ne vois pas pourquoi je prendrais pour des perdants. Les Yankees, avec les Canadiens de Montréal au hockey, sont la seule dynastie dans le monde du sport avec 27 victoires en Série mondiale. Les Canadiens, eux, ont remporté 24 Coupes Stanley. Et si on attend la prochaine Coupe qui n’a pas vu les cieux montréalais depuis 1993, mes Yankees chéris, eux, ont gagné la Série mondiale en 2009 en battant les excellents Phillies de Philadelphie. Bon, c’est la disette depuis ce temps, mais une disette moins spectaculaire que d’autres, mettons.

 

Je sais, je sais, vous allez me dire, mais le baseball, c’est plate, il ne se passe rien, c’est d’un ennui mortel. Je vous concède que la balle n’est en jeu que pendant 9 à 12 minutes alors qu’un match dure en moyenne un peu moins de trois heures. Mais c’est aussi le seul sport où, en vertu de son approche bucolique des choses et de la lenteur avec laquelle le jeu se déroule, il est possible de lire un livre (ou d’entretenir une conversation) sans rien manquer. Où on peut se permettre de rêvasser, de laisser son esprit vagabonder, où on peut faire le vide puisque le spectateur n’est pas sollicité par une action ininterrompue. Mais il n’y a pas que cette attitude zen: le baseball est le seul sport où un joueur se retrouve seul face à neuf adversaires, où, comme dans les contes de fée, il doit surmonter trois épreuves (les coussins des premier, deuxième et troisième buts) avant de rentrer à la maison (le marbre s’appelle Home en anglais) où il sera accueilli avec enthousiasme.

 

Car le baseball est une métaphore de la vie: où si on est très, très bon, on réussit une fois sur trois à frapper la balle. C’est le seul sport où l’échec est comptabilisé dans les statistiques, où on sait qu’un frappeur contre un lanceur gaucher après six manches de jeu frappe en lieu sûr une fois sur deux, ou trois, ou jamais. Où les voltigeurs, qui ne semblent pas faire grand-chose là-bas dans le champ sur le gazon manucuré, doivent être prêts à toute éventualité et saisir la balle (l’opportunité) et la lancer avec une précision inouïe à leur co-équipier afin de faire le retrait.  C’est un drôle de sport auquel, d’ailleurs, les européens ne comprennent rien. Mais observez bien comment le soccer est tributaire du temps et comment le baseball défie l’espace. L’Europe est le lieu de l’ancrage de la civilisation dans l’histoire, l’Amérique le lieu de la conquête du territoire. Le baseball est le summum de l’américanité, c’est un sport qui ne pouvait pas être ailleurs qu’ici. C’est le seul endroit au monde où une courbe est une illusion d’optique, où voler est légal et où on peut cracher n’importe où sauf sur la balle ou sur l’arbitre. C’est aussi le lieu symbolique de l’intégration des noirs avec l’arrivée de Jackie Robinson avec les Dodgers de Brooklin en 1947.  Et, vous le savez sûrement, Jackie Robinson jouait pour le club école des Dodgers, les Royaux, à Montréal où il était adulé. C’est une allégorie de l’existence où se manifestent le courage, la peur, la chance, la patience, le destin, l’injustice aussi parfois, tout ce qui fait de la vie ce qu’elle est. C’est aussi un sport qui peut être joué par des maigres, des gros, des petits et des moyens. Si vous avez un bon bras ou l’œil pour frapper les prises on vous pardonnera de ne pas ressembler à un coffre-fort comme au football ou à un géant comme au basket.

 

Le printemps et le baseball me remplissent d’espoir et je sais qu’à l’automne, lorsque cet exquis ballet sur gazon se terminera, j’aurai le cœur brisé. Mais aujourd’hui, c’est le printemps : n’entendez-vous pas le bruit de la balle qui frappe un bâton de baseball, ce son incomparable et tellement évocateur, le symbole même de la vie qui reprend ses droits après l’hiver, le symbole du recommencement, la certitude que cette vie-là est plus forte que tout?

 

Marie-Claire Girard

 



03/04/2017
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