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Big Shot de Jon Lachlan Stewart, un objet inclassable et fascinant

J’avais vu Jon Lachlan Stewart dans Le joueur de Dostoïevsky au Prospero en février 2016. Il incarnait Mr. Zéro, un valet étrange, un peu magicien, un peu chef d’orchestre, qui en savait manifestement plus qu’il ne le disait. Dans le même théâtre, mais dans la salle intime cette fois-ci, Stewart nous propose Big Shot, un spectacle qu’il joue en tournée à travers le pays depuis 2008 et dont il a fait traduire des passages en français afin de le présenter ici. Il y a encore des bouts en anglais qui sont surtitrés et qui ont été impeccablement traduits par Mélodie Roussel.

 

Seul en scène pendant une heure et 29 minutes (selon le programme), vêtu de noir, tête rasée, corps délié, l’œil luisant, Jon Lachlan Stewart nous montre la mesure de son talent. Un écran dans le fond de la petite scène nous projettera des images de Vancouver, un environnement sonore et des éclairages d’une acuité ahurissante vont accompagner le récit que nous fait le comédien. C'est un récit irracontable à la structure éclatée faisant appel aux flash-backs, au même moment vécu par diverses personnes et à l’incarnation par Stewart des différents personnages. Et le résultat est fantastique.

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Je dis que c’est irracontable : en fait il s’agit d’un scénario de film que le protagoniste principal veut proposer à ces fameux Big Shots de l’industrie du cinéma. Et pendant la durée du spectacle, emmêlant la fiction à la réalité (mais je ne suis pas sûre de ça, disons à une réalité possible) il va nous raconter de façon débridée en quoi consiste ce scénario. Le résultat est étonnant.  Le spectacle est rempli d’une densité nerveuse et imparable à laquelle on ne peut résister et je dois dire que j’ai été conquise et éblouie.

 

Jon Lachlan Stewart est fascinant : avec son physique de danseur il bouge avec une grâce pleine de violence, il change sa voix et sa posture avec une facilité déconcertante selon les personnages; il est à la fois très bizarre et très attachant, un condensé d’humanité dans toute sa splendeur et toute sa potentielle déchéance. C’est verbal (sa maîtrise du français est stupéfiante), c’est aussi chorégraphié sans concession aucune et c’est également intense, cru et poétique. Il véhicule un million d’émotions, il nous fait rire lorsqu’il parle d’un film très poche qu’il a vu et nous touche en évoquant des parents on ne peut plus inadéquats. À travers tout cela, il nous entraîne dans son processus créatif, comment il voit les choses et comment il voudrait qu’on les voit.

 

Il est rare de voir sur scène un être aussi charismatique que Jon Lachlan Stewart. Il semble être détenteur d’un pouvoir mystérieux et il dégage un charme puissant qui ne peut laisser personne indifférent. Voir ce comédien endosser ces différentes personnalités en ne changeant souvent que l’expression de son visage, est une expérience unique: il est toujours plausible, louvoyant de la naïveté au cynisme, de l’hystérie à la froideur calculée et il fait tout ça en anglais et en français. Avec lui, on redécouvre le pouvoir absolu des mots et d’une histoire. C’est un charmeur de serpent, un ambassadeur venu d’une autre planète, qui a serti sa voix dans son écriture, quelqu’un d’absolument original qui n’a pas peur d’aller voir où ses pas le mènent et qui ne peut que laisser chez le spectateur une empreinte inexorable.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo :Tim Nguyen

Big Shot : Une production de la Compagnie Surreal SoReal,  au Prospero jusqu’au 29 avril 2017.



14/04/2017
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