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Bashir Lazhar: une reprise attendue et magistrale

Bashir Lazhar, c’est une voix qui parle silencieusement à voix haute. Un homme, dont la vie a été pulvérisée, tente d’en rassembler les lambeaux et de reconstruire quelque chose. Ce faisant, il nous envoûte. Et je crois qu’une des meilleures idées de cette saison théâtrale a été de reprendre ce magnifique texte d’Évelyne De la Chenelière et de le transmettre à travers la voix de Rabah Aït Ouyahia.

 

J’ai vu le très beau film de Philippe Falardeau, tiré de la pièce, en 2011 avec une amie très chère. C’est donc elle que j’ai invitée à venir voir la pièce avec moi. Nous en sommes sorties bouleversées, soufflées par la performance du comédien qui, seul en scène, nous retient dans son histoire pendant une heure dix minutes et surtout éblouies devant le fait que tout le film est dans ce texte. Les enfants, la directrice de l’école, les collègues enseignants, le commissaire qui reçoit la demande de réfugié politique de Bashir Lazhar, tous ces personnages invisibles qui s’incarnent au cinéma, sont tout aussi présents dans la pièce de par le pouvoir de l’évocation et de par la parole de l’unique personnage. Tout  est contenu dans ce texte admirablement construit et d’une richesse infinie.

 

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Un texte où l’humour a sa place, un humour qui joue sur le choc culturel et les visions différentes de l’enseignement. J’ai retrouvé avec affection la première dictée que Bashir donne aux enfants, un extrait de La peau de chagrin de Balzac. Pauvre Bashir…Son explication sur ce qu’est une chrysalide et sa métaphore concernant les petits qui se trouvent devant lui. Le beau et touchant texte d’Alice sur la violence à l’école. Pour cet homme qui a vécu l’inimaginable et qui a perdu toute sa famille, le suicide de cette enseignante, dans sa classe qui plus est, relève de l’hérésie, elle qui s’est pendue et qui a communiqué son désespoir à toute une école. C’est ce mélange d’éléments comiques et des grandes vagues de tristesse qui déferlent dans la vie de Bashir qui rendent le résultat si attachant.

 

Rabah Aït Ouyahia est stupéfiant. S’il a une expérience de la scène comme musicien, c’est cependant la première fois qu’il fait du théâtre et le défi était grand. Admirablement dirigé par Sylvain Bélanger, il le relève magistralement avec un mélange de candeur et de force tranquille en même temps que dans son regard se révèle toute la souffrance du monde. Comme le pigeon que Bashir refusait de nourrir lorsqu’il était enfant parce qu’il n’avait qu’une patte. Et sa mère qui lui avait dit que l’oiseau avait besoin de nourriture pour avoir le courage de vivre.

 

Cédric Delorme-Bouchard a accompli un travail incroyable avec la conception lumière. Sur cette scène nue où il n’y a qu’un mur de béton dans le fond de la scène et une chaise à l’avant, des éclairages sensibles, atmosphériques, ajoutent à l’impact émotif de la parole et accentuent le magnétisme du comédien. Il se dégage de tout cela une beauté mélancolique qui ne peut laisser personne indifférent.

 

Et dix ans après sa première création, la pièce soulève encore davantage de questions sur l’accueil et l’intégration des immigrants. Pourra-t-on jamais combler le fossé qui nous sépare d’eux? Bashir Lazhar soulève toutes ces graves questions à travers ce texte touchant et rempli de tendresse pour l’humain, pour les humains que nous sommes, imparfaits et inaccomplis mais tellement désireux de bien faire.

 

 Marie-Claire Girard

 

 

 

Bashir Lazar : au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 14 octobre 2017



22/09/2017
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