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Attentat en reprise

Lire ou entendre de la poésie c’est comme écouter aux portes : on apprend des tas de choses. Dans une autre vie, je suis allée pendant plusieurs années au Festival international de poésie de Trois-Rivières. Vivre au rythme des mots pendant une semaine est une expérience extraordinaire que je recommande à tous. Ça fait un bien terrible à l’âme. Mais en attendant le mois d’octobre pour le prochain Festival, vous pouvez toujours aller au Théâtre de Quat’sous voir la reprise du très, très, très bon Attentat.

C’est mis en scène de façon très inventive par les sœurs Gabrielle et Véronique Côté. Véronique qui écrit dans son livre La vie habitable qu’à la fin de l’adolescence elle ressentait une inextinguible soif et que c’est la poésie qui l’a finalement étanchée. Les deux comparses ont donc choisi des poèmes et de jeunes comédiens pour concocter ce spectacle qui, veut, veut pas, est un panorama de notre poésie avec des textes de Roland Giguère, Gérald Godin, Gaston Miron, Jean-Paul Daoust, Geneviève Letarte et Louise Desjardins. Mais aussi de Stéphane Despatie, Marjolaine Beauchamp  et Catherine Lalonde, la relève de notre poésie. Mykalle Bienliski, qui chante avec une très belle voix, s’occupe de façon dynamique de l’environnement sonore et avec quelques accessoires (dont des sacs en papier, des tuques et des mitaines, une paire de raquettes, une bûche, un micro) ces jeunes gens nous amènent faire un tour chez-nous, dans l’univers de nos mots et de notre parole. Le seul et doux reproche que je ferais est de ne pas avoir projeté en arrière-scène le nom de l’auteur du poème qui prenait vie sous nos yeux.                  

 

L’un des moments les plus intéressants et amusants (et il y en a beaucoup) est lorsqu’une journaliste fait un vox-pop et pose aux passants des questions idiotes comme Que pensez-vous de l’Ébola ou Croyez-vous acheter un air climatisé (sic). À ces questions qui n’ont pas de sens, les comédiens répondent avec des poèmes qui eux, en sont remplis. (Je me disais que ce serait chouette de faire ça pour de vrai dans la vie, lorsqu’on demande par exemple aux témoins d’un fait divers de livrer leurs impressions. Ils pourraient répondre en citant Victor Hugo ou Loco Locass.)

 

J’ai beaucoup aimé les sœurs Côté, dans l’expression de leur sensibilité, dans les choix des poèmes, dans la façon dont elles les livraient. Mais je dois avouer que mon cœur est vendu d’avance à Steve Gagnon. Ce jeune homme aux multiples talents nous offre un poème de son cru, le percutant Fuck you qu’il nous récite avec une verve, une intensité et une présence remarquables. Ce qui me rappelle que la littérature et la poésie ne sont pas faites pour les époques barbares et que ce qui m’a frappée le plus dans Attentat c’est la solidité, la fidélité que j’ai retrouvée dans cette poésie qui est la nôtre. Le bonheur d’aujourd’hui est aussi celui qui sera notre bonheur demain et après-demain.

 

Nous sommes janvier tout puissant, nous sommes novembre infini…nous sommes tout ce qui nage et qui dévale…tout ce qui vole…

Ça parle du Fleuve, du Nord, des grands espaces, ça parle du pays, de la météo, ça parle de neige, de grésil, d’avenir, ça parle de la droite, des politiciens, des médias, ça parle terriblement et avec beaucoup d’urgence, de nous. Et, accessoirement, ça parle d’amour. Notre poésie nous dit que nous sommes plus forts que nous-mêmes, elle traverse notre cœur et grâce à elle on se souvient de ce qu’on a oublié.

 

Attentat : au Théâtre de Quat’sous jusqu’au 4 mars 2017.



03/03/2017
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