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Les aventures de Lagardère: Frédéric Bélanger en visite chez Paul Féval

Frédéric Bélanger poursuit son travail d’adaptation sur la scène de la salle Fred-Barry au Théâtre Denise-Pelletier. Après D’Artagnan et les trois mousquetaires, Sherlock Holmes et le chien des Baskerville, Anne…la maison aux pignons verts, il s’est attaqué cette fois-ci aux romans feuilleton de Paul Féval : Le bossu publié en 1858 et sa suite, Le chevalier de Lagardère et nous en propose une interprétation fidèle, oui, mais aussi très personnelle. Le résultat est follement drôle.

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 J'ai retrouvé dans ma bibliothèque ces éditions de 1950 des romans de Paul Féval qui ont inspiré Frédéric Bélanger. C’est une histoire assez touffue quoique classique d’amours contrariées, d’un jeune homme au cœur pur, d’une enfant cachée pour échapper à la mort et qui ne connaît pas ses véritables origines, de vengeance envers le responsable de tous ces malheurs et de la réunion finale de l’enfant maintenant grande avec sa mère pour le triomphe du bien contre le mal. Je résume. On fait fi dans les circonstances de la vraisemblance, du temps qui passe et de maints autres détails écartés du revers de la main. Rappelons-nous que la fiction est une féerie, tout y est intéressant puisqu’elle ne s’embarrasse pas des moments ennuyeux. Les gens préfèrent cela, et de loin, non pas parce qu’ils sont fous de la littérature mais parce que c’est bien plus amusant.

 

Paul Féval passe au tordeur dans cette adaptation et c’est tant mieux. Frédéric Bélanger garde l’essentiel de l’histoire et sa couleur unique avec la célèbre botte de Nevers (une combinaison de mouvements d’escrime conclue par une estocade fatale, d’ailleurs enseignée dans le Club d’escrime de Nevers) et le très connu Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi. Il garde aussi les déguisements et les portes dérobées qui font partie du charme de ces histoires mais prend aussi des libertés, dont entre autres de débuter la pièce avec les comédiens incarnant une troupe de théâtre espagnole décidant de jouer ces aventures du Chevalier de Lagardère. On décide qui fera qui et on procède. Plus tard, les péripéties de l’histoire feront en sorte que Lagardère se retrouvera avec la petite Aurore qu’il a sauvée des griffes de l’infâme Gonzague au sein d’une bande de gitans qui…font du théâtre. Il y a donc une pièce dans la pièce de la pièce. Mise en abime, quand tu nous tiens…

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Des balais qui tiennent lieu de chevaux, un décor composé d’une structure de bois et de quelques draps, le nom de Blanche de Caylus déformé en Calu, Coula, Calou, Caillou ou Cactus, l’arrivée de Don Quichotte et Sancho Panza, les disputes entre les comédiens qui sortent à l’occasion de leurs personnages, des gags visuels irrésistibles et une mise en scène enlevante avec plein de combats aux fleurets contribuent à faire de tout cela une prestation du plus haut comique. Ajoutons l’utilisation des masques dont la fonction première est de dévoiler plutôt que de cacher et d’absurdes perruques, échafaudages capillaires constituant la cerise sur le gâteau des personnages. Comme les chapeaux d’ailleurs.

 

Et les comédiens sont formidables, incarnant une multitude de protagonistes et se démenant comme des fous sur la scène: Patrick Dupuis, le cruel et fourbe Gonzague, Félix Monette-Dubeau, le noble Baron de Nevers, Alex Bergeron, un Chevalier de Lagardère pétri de naïveté et d’audace; et Milva Ménard est une adorable Blanche de Caylus et Anne Trudel une charmante Aurore mais, affublés de masques, tous les comédiens se transforment et deviennent autres. J’adore cette démonstration qu’au théâtre, avec du talent et de l’imagination, tout est possible.

 

On ne rentre pas des Aventures de Lagardère lourds de doutes et d’interrogations en se demandant si on a bien compris l’histoire. Mais en y repensant on se rend compte qu’on trouve bien des richesses dans cette adaptation de Frédéric Bélanger où tout est gigogne et références et où aussi il rend hommage à cet art de l’interprétation.  Et il y a un véritable plaisir ici à s’éloigner de la dictature de la raison pour s’abandonner à la vision d’un auteur qui est plus malin que son public.

 

Marie-Claire Girard

 

 Crédit photo : Julia C. Vona-Janophoto

 

Les aventures de Lagardère : une production du Théâtre Advienne Que Pourra, à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 20 décembre 2017.


10/12/2017
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Revue et corrigée: aurait pu faire mieux

Une représentation réduite à une heure trente, un nouveau metteur en scène, René Simard et le retour de notre chère Suzanne Champagne. Cela est-il suffisant pour rafraîchir le concept de Revue et corrigée, le regard porté sur l’année qui se termine présenté au Rideau Vert chaque mois de décembre?

 

Oui et non. On applaudit la présence de Suzanne Champagne qui nous a beaucoup manqué l’an dernier et c’est une bonne idée d’avoir voulu resserrer le rythme de ce spectacle qui, disons-le, traînait parfois avec un peu de complaisance dans certains sketches. Mais en dépit de sa courte durée il y a encore des longueurs dans Revue et corrigée et si j’ai ri à quelques reprises et souri à d’autres occasions, plusieurs textes tombaient à plat et manquaient de punch.

 

C’était une année faste, avouons-le, avec son lot de scandales/nouvelles/aberrations qui ont agrémenté notre actualité. De notre nouvelle gouverneur générale au nouveau look (hideux) de Céline en passant par la chute de quelques géants du divertissement, sans oublier les inénarrables tweets du président américain, 2017 n’a pas manqué d’absurdités sur lesquelles se pencher. Le résultat que l’on retrouve sur la scène du Rideau Vert comporte son lot de bons moments. Parmi ceux-ci, la mère surmenée qui doit gérer ses deux fils, Théo et Hubert, le premier sage et discipliné, le second indépendant et rebelle qui menace de partir à tout moment; le 50ème anniversaire de la venue du Général de Gaulle au Québec est l’occasion d’une courte réflexion sur la peur des Québécois de prendre leur destin en main; Saskia Thuot et André Boisclair se retrouvent bénévoles pour Nez Rouge et doivent reconduite Michèle Richard (et son petit chien); la tempête de mars dernier donne lieu à de jolies références à un film très, très célèbre; on se moque de la vacuité de l’animateur des Dieux de la danse et de la pauvreté du vocabulaire de Dave Morrissette et il y a un très bon numéro illustrant la mégalomanie de Régis Labaume. De son côté. Suzanne Champagne nous donne une inspirante Safia Nolin et une juge Goldwater plus vraie que nature.

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La mise en scène de René Simard est enlevée et dynamique et mise beaucoup, comme on peut s’y attendre, sur un côté comédie musicale. Les comédiens sont formidables, Martin Héroux, Julie Ringuette (quelle voix!), Marc St-Martin, Benoît Paquette et notre chouchou Suzanne Champagne se donnent à plein dans ce spectacle où tout est une question de timing. Et ils sont tous impeccables. C’est peut-être au niveau des textes qu’il faudrait revoir la donne. Et peut-être ajouter au moins un élément féminin dans cet aéropage d’hommes : penser à mettre en valeur une sensibilité différente, une fraîcheur du regard, une autre façon de rire des gens et des choses…

 

Je ne m’attends jamais à me rouler par terre pendant 90 ou 120 minutes lorsque je vais voir un spectacle comme celui-là mais j’aimerais me rappeler en riant de quelques bons moments. Il y en a quelques-uns dans ma mémoire tirés des Bye Bye, de Saturday Night Live et de sketches de Monty Python. Mais peut-être en fait que nos attentes face à ce type de spectacles sont trop élevées. Il demeure que cette année Revue et corrigée n’est pas une si mauvaise cuvée. Mais il ne faut pas s’attendre non plus à rire comme des dératés tout au long.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : François Laplante Delagrave

 

Revue et corrigé : au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 6 janvier 2018.


07/12/2017
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Ma petite boule d'amour: l'ours chante le blues

Il y a un ours brun qui chante le blues dans Ma petite boule d’amour, la pièce destinée aux 3 à 6 ans présentée à la Maison Théâtre. Ça m’a fait bien rire, pas Léopold S. qui m’accompagnait et qui ne sait pas encore c’est quoi le blues. Mais le ton de ce spectacle est donné dès le départ. C’est une pièce pour enfants mais les adultes peuvent prendre leur pied aussi, comme d’ailleurs dans tout ce que fait la divine Jasmine Dubé qui a écrit et qui joue dans ce texte.

 

Texte où il y a aussi d’accrocheuses chansons (à part le blues de l’ours qui s’ennuie) et Jasmine Dubé est accompagnée en cela par Christophe Papadimitriou à la guitare. Ajoutez la simple mais charmante scénographie de Cassandre Chatonnier alliée à l’efficace et sobre mise en scène et vous avez tout pour mettre en valeur cette histoire mignonne comme tout d’un gros ours paresseux crevant de solitude qui lit dans La Gazette des ours qu’un ourson se cherche un papa. Il est spécifié d’ailleurs que peu importe que le futur papa soit non-fumeur ou végétarien, l’important c’est que ce soit pour la vie.

 

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Encouragé par la mouche Tsé-Tsé, l’ours entreprend un long périple scandé par la chanson récurrente Marchez, marchez… qui le mènera jusqu’à une banquise vierge de glace où est en train de mourir doucement un petit ourson tout blanc. On nous montre tout cela avec des formes découpées et amovibles sur des panneaux verticaux ou horizontaux que manient Jasmine Dubé et Christophe Papadimitriou. On saisit bien la magie qui est intallée sur la scène et qui s’est emparée de la salle lorsque l’on voit enfin le petit (et adorable) ourson qui n’est qu’un dessin sur un morceau de carton : le public en chœur lâche un Aaaaaaahhhh ravie et, je crois bien, rempli d’émotion. On y croit absolument, à cette histoire pleine de tendresse.

 

La narration de Jasmine Dubé est sertie d’allusions subtiles. On nous parle d’environnement avec cette banquise desséchée, de la paternité assumée, de la différence et de l’ouverture vers les autres en plus de saupoudrer le tout avec quelques éléments de mythologie. Un bien heureux mélange qui fait tranquillement son chemin, mine de rien, jusqu’à nos âmes et nos cœurs.

 

Léopold S. était ravi de Ma petite boule d’amour, surtout lorsque je lui ai dit que Jasmine Dubé est l’auteur de sa pièce préférée, Papoul. Je pense que c’est ainsi que l’on tisse des liens entre un auteur et un enfant : cette correspondance indicible entre deux êtres qui ne se parleront probablement jamais mais qui se comprennent absolument. Et je suis sûre que Léopold S. n’est pas le seul admirateur de cette merveilleuse auteur qui sait complètement comment s’adresser aux petits. Et à ceux et celles qui les accompagnent.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Michel Pinault

Ma petite boule d’amour : Une production du Théâtre Bouches Décousues, à la Maison Théâtre jusqu’au 7 janvier 2018.


05/12/2017
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Mazal Tov: quand tout va mal

Je ressens beaucoup d’affection pour le Théâtre Bistouri. Cette petite entité de la région de Québec vivant de subventions et de contributions du public et qui, sous la houlette de Marc-André Thibault, trouve le moyen (et les moyens) de présenter des pièces de qualité toujours admirablement jouées et mises en scène. Après L’ouest solitaire et Les ossements de Connemara, deux pièces du dramaturge irlandais Martin McDonagh que j’avais beaucoup, beaucoup aimées, le Théâtre Bistouri revient dans la salle intime du Prospero pour Mazal Tov, écrite et mise en scène par Marc-André Thibault.

 

C’est lui-même qui dit adorer qu’on lui raconte des histoires. Le texte qu’il nous propose va absolument dans ce sens : une histoire folle mais plausible, des personnages typés et attachants, même s’ils se révèlent parfois insupportables et une série de messages subtils que l’on prend plaisir à décoder.

 

Cette histoire folle est celle du mariage de Patrick (François-Simon Poirier), un brave garçon québécois, avec Isabelle (Stéphanie Jolicoeur) une jeune juive. Ils se marient selon les rites judaïques pour plaire à la famille d’Isabelle et un incident se produit lorsque Patrick veut briser avec son pied le verre enrobé d’un linge à la fin de la cérémonie. Il tombe, se blesse la jambe assez gravement et se retrouve à l’hôpital. Mariage raté, lune de miel reportée bref, ça ne va pas bien. Son meilleur ami Philippe (Alexis Lemay-Plamondon) lui tient compagnie, un éternel farceur dont les blagues douteuses visent les groupes ethniques, les nains, les femmes, tout ce qui bouge en fait et même ce qui ne bouge pas. Surgit Isabelle, éplorée et hystérique car on peut être les deux en même temps, qui reproche à Philippe d’avoir fait le salut nazi lors du départ de l’ambulance qui amenait Patrick à l’hôpital. Philippe s’en défend bien mais ne peut s’empêcher d’en remettre et alors qu’il se trouve au sommet d’un escalier, Isabelle le poursuit et lui assène un coup de talon haut sur la tête. Philippe déboule l’escalier et se retrouve lui aussi à l’hôpital, tétraplégique.

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On le voit, la tragédie frappe aux moments les moins opportuns. Isabelle, bien sûr, est désolée et de plus en plus hystérique. Le pauvre Patrick tente de gérer les émotions de sa femme. Ariel Wiseman (Jean-François Casabonne), père d’Isabelle et patriarche juif pas plus amoureux de son nouveau gendre qu’il ne le faut, louvoie en tentant de recoller les pots cassés et révélera un côté surprenant de sa personnalité. Philippe, qui n’a plus d’avenir, plus de vie, s’accroche à une poursuite au civil tout en soulignant que dorénavant il peut faire des blagues sur les handicapés sans se faire juger. C’est un fameux bordel où on rit malgré tous les malheurs qui s’abattent sur les personnages.

 

Les comédiens sont merveilleux. François-Simon Poirier a un côté vulnérable de petit garçon qui le rend irrésistible dans le rôle de Patrick. Alexis Lemay-Plamondon fait de son Philippe le douchebag par excellence qui ne détonnerait pas dans Occupation Double. On a envie d’étrangler l’Isabelle de Stéphanie Jolicoeur mais en ressentant tout de même de la pitié pour cette jewish princess irréfléchie au tempérament de feu. Et l’Ariel Wiseman de Jean-François Casabonne nous fait parfaitement comprendre l’importance de la famille et de la tradition et le sens de la perte qui caractérise la culture juive. La mise en scène de Marc-André Thibault, limpide et précise, utilise de façon ingénieuse le petit espace de la salle intime du Prospero. Et il y a une scène d’onirisme très réussie grâce aux éclairages de Roxanne Doyon qui d’ailleurs fait un job impeccable tout au long de la représentation.

 

En catimini, mine de rien Mazal Tov,  au-delà de l’anecdote tragico-comique qui constitue l’épine dorsale du récit, nous entretient des différences culturelles, des personnes handicapées, de la mémoire juive et du politiquement correct qui sévit dans nos sociétés. Et alors qu’il n’y a manifestement aucune velléité pédagogique dans cette pièce, elle atteint d’autant plus justement la cible de nos travers.

 

Écouter la parole écrite par un autre et proférée par des individus endossant des personnalités qui ne sont pas les leurs, goûter les éclairages et la mise en scène, juger de l’harmonie de tout cela n’est pas une geste innocent. Le théâtre est d’abord un humanisme et je crois que Marc-André Thibault s’inscrit dans cette lignée en nous faisant partager une vision du monde qui sait tirer partie de tout ce qui peut composer une existence et en ayant parfaitement conscience que le théâtre est une littérature vivante, le lieu d’autres souffles, d’autres douleurs et d’autres découvertes. Je souhaite longue vie à son écriture théâtrale et me souhaite de vivre longtemps pour la rencontrer encore de nombreuses fois.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Hugo B. Lefort

Mazal Tov : Une production du Théâtre Bistouri, au Prospero jusqu’au 9 décembre 2017.


23/11/2017
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Os La montage blanche de Steve Gagon: le verbe inoxydable

Ce n’est pas un hasard si le narrateur de Os la montagne blanche de Steve Gagnon présentée à La Licorne est archéologue. Il déterre des artefacts, il décèle les traces de civilisations et d’humains disparus et tente de les interpréter. Il ne sait pas encore qu’un défi bien plus grand l’attend à la mort de sa mère: déceler ses traces à elle, tenter de comprendre cette vie, interpréter cette femme qu’il aimait profondément et qui n’a rien laissé derrière elle pour expliquer qui elle était.

 

Depuis des dizaines d’années j’écris dans ce que j’appelle Mes cahiers noirs. Pas du tout dans le genre « Cher journal, aujourd’hui au bureau, j’ai pleuré. Encore.» J’écris les anecdotes, les coïncidences, les moments amusants de ma vie, des extraits de romans lus, des poèmes que j’aime, des souvenirs de gens que j’ai connus et qui, parfois, meurent. Ma vie est documentée. Mes fils pourront lire cela quand je ne serai plus là. Ou les jeter à la poubelle.

 

Mais la mère de Os n’a jamais écrit dans des cahiers noirs ou autres, elle n’a jamais tenu de journal et alors que le fils fouille partout et espère trouver dans les livres de recettes ou sous le matelas de la mère disparue une explication, une validation, le pourquoi et le comment de cette vie. C’est donc à l’intérieur de lui-même, lui qui possède la moitié de cette femme dans ses gènes, qu’il essaiera de la découvrir et de la rencontrer.

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Connaissons-nous vraiment ceux que nous aimons et à qui nous tenons le plus? Répondant à cette interrogation, Steve Gagnon revisite l’enfance, les projets inachevés ou ratés, les souvenirs impérissables comme celui du deuxième tiroir de la salle de bain où on peut tout trouver sauf, hélas, ce qui est le plus important. Et il y a cette réalisation douloureuse de l’amour incroyable porté à la mère puisque plus rien n’est pareil depuis qu’elle n’est plus là et qu’on ne peut plus lui poser les questions qui s’agitent dans notre tête. Et, pire, le fils doit se bâtir en homme tout seul.

 

Ce spectacle tient du slam, de la poésie, de la performance; la musique fort pertinente et belle de Nicolas Basque et Adèle Trottier Rivard qui l’accompagne ponctuellement souligne le texte et contribue à l’émotion. Le public est debout dans la salle de la Petite Licorne et Steve Gagnon se promène de podium en podium pour les différents chapitres de l’histoire qu’il nous raconte. Il y aura des relations difficiles, des amours déçues, un voyage en Amérique du Sud et la rencontre d’Edna, moitié mère substitut, moitié chamane ou sorcière. Tout cela contribuant à la construction d’un homme qui n’est pas nécessairement doué pour l’archéologie de l’amour.

 

J’ai été très touchée par ce spectacle où les moments pénibles de l’existence alternent avec des éclats de joie. La mise en scène de Denis Bernard, complice du texte, rend tout cela avec une belle évidence. Mais surtout cette pièce s’inscrit dans ce projet de Steve Gagnon de redéfinition de la masculinité dans le cadre de notre époque où tout est remis en question. Et puisque le deuxième tiroir de la salle de bain ce contient pas de mode d’emploi pour toutes ces grandes questions, il nous revient à tous et à toutes de réfléchir là-dessus et parfois de grands fous romantiques comme Steve Gagnon nous permettent de le faire.

 

Crédit photo :Magali Canal

Os La montagne blanche : Une production du Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline en codiffusion avec La Manufacture, à La Licorne jusqu’au 1er décembre 2017.


20/11/2017
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