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Ombre Eurydice parle: de la souffrance comme un des Beaux-Arts

La directrice artistique du Prospero, Carmen Jolin, nous prévient avant la pièce : Ombre Eurydice Parle d’Elfriede Jelinek n’est pas une parole facile, mais il faut la recevoir. Et ce texte est effectivement remarquable, nous présentant une autre façon de voir le mythe d’Orphée et d’Eurydice, cet Orphée qui réussit à se rendre jusque dans les Enfers afin de récupérer sa belle Eurydice, morte le jour de ses noces. Elle devra le suivre silencieusement tout le long du voyage de retour et Orphée ne devra pas se retourner au risque de la perdre de nouveau. Et c’est évidemment ce qui se produit. Eurydice n’existe que dans son rapport avec Orphée, elle n’existe que dans son regard, un regard qui d’ailleurs la fera disparaître à jamais. N’est-ce pas là le lot de bien des femmes?

 

Mais la façon dont ce texte nous est présenté, dans la mise en scène de Louis-Karl Tremblay, m’a causé quelques soucis. Sans familiarité mais sans non plus d’éclat, la livraison se situe dans un entre-deux un peu étrange et parfois pompeux. Il n’y a pas de préoccupations de réalisme, ce que je peux comprendre, mais le tout est tellement désincarné que nous ne pouvons pas être rejoints par ce discours.

 

Une femme (Macha Grenon) écrit assise à un bureau. Elle est l’épouse d’une rock star (Pierre Kwenders), elle est l’Eurydice qui demeure à jamais dans l’ombre d’Orphée, le brillant musicien. Cette femme s’incarne aussi dans deux autres personnages, elle plus jeune (je pense mais je ne suis pas sûre) jouée par Stéphanie Cardi et une danseuse (Louise Bédard) qui, au tout début de la pièce va enlever des pelures de vêtements, se débarrassant de ces images d’elle-même qu’on lui a imposées de force, dans un symbolisme très, très appuyé.

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Dans ce texte violent, comme si les interprètes se grattaient la peau jusqu’au sang pour savoir ce qu’il y a dessous, une auto torture dans le désarroi, Eurydice s’attarde beaucoup aux beaux vêtements qu’elle possède, aux souliers hors de prix, à tout ce qui forge cette image dont elle s’efforce de se débarrasser mais à laquelle elle sacrifie tout de même. Plusieurs passages s’attardent aux très jeunes filles qui assistent aux concerts de son mari, sur leurs cris hystériques et leurs fantasmes sexuels sans fards impliquant la star. Elle en parle sur un ton de dérision, avec mépris et haine. Et avec de la peur aussi. Elle dira : je suis ombre, je ne suis pas assez belle pour celui qui me regarde, pas assez belle ou pas assez jeune. Et c’est le passage de la pièce où j’ai remarqué le pire cliché affectant toutes les femmes, le moment dans leur vie où il y en a de plus juvéniles et de plus séduisantes qui risquent de les détrôner dans l’amour qu’un homme leur porte.

 

Macha Grenon, froide, quasi minérale, souffre dans son for intérieur. Le problème c’est que la transmission de cette souffrance vers le public ne se fait pas. Le texte, déjà complexe, devrait être reçu avec de l’émotion pour nous le rendre dans toute sa fêlure mais de la façon dont la comédienne le dit, le récite devrais-je dire, ça ne fonctionne pas. Son personnage a la passion d’écrire et se cherche douloureusement un destin ce qui devrait résonner dans nos esprits et dans nos sentiments. Tout cela demeure stérile, hélas. Stéphanie Cardi s’en tire beaucoup mieux et se révèle plus convaincante. Et Pierre Kwenders, en rock star, qu’on voit peu mais dont on parle pratiquement constamment, est le seul qui manifeste de la passion, une bouffée d’air dans cet univers aride et aseptisé.

 

Ombre Eurydice parle dépeint la cruauté d’une société sans pitié où le pouvoir masculin punit le moindre écart et où les femmes se punissent elles-mêmes de par leur volonté de plaire. Cela entraîne chez-elles une schizophrénie étrange : elles savent mais ne peuvent faire autrement, pour la plupart d’entre elles, que de prétendre ne pas savoir. Mais le tout demeure terriblement intellectualisé, sans émotions, dans une mise en scène et un jeu trop distanciés. Ombre Eurydice parle est un texte follement intéressant mais qui n’a pas de cœur.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Julie Artacho

 

Ombre Eurydice parle : Une production Du Theâtrepointdorgue, au Prospero jusqu’au 27 avril 2019.


15/04/2019
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Madra: parent-hélicoptère

Nous vivons à l’ère des parents-hélicoptères : ces parents qui surprotègent leurs enfants, qui font leurs devoirs, qui paient illégalement les bureaux d’admission de prestigieuses universités afin que leurs rejetons-pas-si-brillants-que-ça puissent y étudier, ces parents qui ont peur de tout pour leurs précieux héritiers et qui contribuent à en faire des êtres timorés bien peu armés pour ce que l’existence leur réserve.

Madra (Gut en anglais) de Frances Poet, une dramaturge résidant en Écosse, est une pièce qui traite du dérapage qui accompagne parfois un amour maternel qui ne connaît plus de limites. Présentée à La Licorne, cette production du Théâtre du Bistouri est une super bonne pièce qui met en relief la peur qui habite tous les géniteurs lorsqu’il s’agit de la liberté à accorder à leurs enfants.

 

Alex (Marc-André Thibault) et Madra (Sylvie De Morais-Nogueira) sont un jeune couple de la classe moyenne, parents du petit Gabriel, 3 ans. Claire (Louise Bombardier) est la mère d’Alex et la Mamie-gâteau qui adore son petit-fils et lui permet des soupers de pizza et de chocolat. Tout est beau jusqu’au moment où Claire, qui ramène Gabriel après une journée qu’ils ont passé ensemble, raconte qu’au restaurant où elle se trouvait, elle a laissé un étranger amener Gabriel à la toilette. Il y avait un besoin pressant, elle avait les bras chargés de cabarets et l’étranger avait l’air d’un brave monsieur. Pour la grand-mère, qui a grandi dans un contexte où on pouvait faire confiance aux gens, cette anecdote relève de la plus grande banalité. Mais les parents sont évidemment horrifiés et lui interdisent de passer dorénavant du temps avec Gabriel.

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Pour Madra, la mère, il s’agit là de la pire chose qui ne soit jamais arrivée dans sa vie. Nous allons assister à sa descente aux enfers, aux précautions maniaques qu’elle prend pour protéger son enfant de dangers demeurant hypothétiques. Elle va quitter son emploi, passera ses journées avec le petit, ne le lâchera plus du regard, vivant dans la crainte perpétuelle du pédophile et allant jusqu’à poser une geste si terrible que la salle en a frémi lors de la représentation.

 

Il y a de l’humour dans cette pièce, heureusement, mais au fur et à mesure du développement de l’histoire, un malaise profond s’installe. Ma première réaction a été de penser : cette femme est folle. Et oui, elle l’est, mais je comprends absolument ce qu’elle ressent lorsqu’elle pense qu’on a pu vouloir faire du mal à son enfant. C’est quelque chose de viscéral, d’animal qui relève de l’instinct et où la logique et le bon sens n’ont aucune chance de s’installer. Tous les parents peuvent comprendre ça.

 

Frédéric Blanchette fait des apparitions ponctuelles dans la pièce, en papa de la garderie, en collègue et ami d’Alex, en voisin qui entre dans la cour où joue le petit. On ne sait jamais si ses personnages sont des bons ou des méchants; il incarne l’autre, le danger potentiel oui, mais le bon samaritain aussi, l’étranger salvateur. C’est là que réside tout le problème de la mère, d’être incapable de discerner et de séparer le bon grain de l’ivraie.

 

Marie-Hélène Gendreau nous donne une mise en scène dynamique, sans temps mort dans l’ingénieuse scénographie de Véronique Bertrand où des claies de bois sont mises en place pour créer les différents lieux. Les comédiens sont tous excellents, surtout Sylvie de Morais-Nogueira qui ressent au plus profond d’elle-même le désarroi et la terreur de cette maman dépassée par les événements. De son côté, Marc-André Thibault est parfaitement convainquant en jeune père qui veut bien faire et qui ramasse tous les soirs les jouets épars de son fils mais qui oublie toujours de réparer le loquet de la clôture. C’est également lui qui a traduit et adapté la pièce, ce qu’il a fait brillamment. Louise Bombardier incarne la grand-mère aimante idéale et Frédéric Blanchette a juste ce qu’il faut d’inquiétant mais aussi de sympathique pour semer le doute dans les esprits.

 

J’en ai connu et j’en connais encore des jeunes mères qui ont peur de tout pour leurs enfants : des microbes, des voitures, des autres enfants, des adultes tout autour, de la vie. C’est difficile d’être parent. Il faut laisser les enfants être, dans certaines limites bien sûr, et ça ne donne rien de se lever la nuit pour vérifier s’ils respirent encore. En fait, il y a de grosses chances que l’enfant respire encore pendant de très, très nombreuses années.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Hugo B. Lefort

 

Madra : Une production du Théâtre du Bistouri en collaboration avec La Manufacture, à la Licorne jusqu’au 26 avril 2019 avec des supplémentaires les 13, 20 et 27 avril.


11/04/2019
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La face cachée de la lune: Robert Lepage. Toujours.

On se doute peu de l’impact et de la popularité de La face cachée de la lune, cette pièce de Robert Lepage créée en 1999 qui a fait (et fait encore) le tour du monde avec un succès qui ne se dément pas. Cet arrêt à Montréal au Théâtre Jean-Duceppe est providentiel pour les gens comme moi, qui n’avait pas encore vu la pièce (j’ai honte) ou pour tous ceux qui veulent la découvrir de nouveau en compagnie de l’incomparable Yves Jacques.

 

Deux frères qui ne s’entendent ni ne se comprennent, la mort de la mère et un poisson rouge en héritage, la conquête de l’espace en compagnie de cosmonautes soviétiques, des explications données à un barman ignare et la planche à repasser la plus intelligente de l’univers. Ce sont quelques-uns des éléments qui forgent ce récit d’où ressortent l’émerveillement face aux réalisations humaines mais aussi la solitude qui caractérise le monde brutal dans lequel nous vivons. La lune et sa face cachée, symbole peut-être de tout ce non-dit qui plombe nos existences, est ainsi investie d’une mission. Astre longtemps inaccessible et apanage des rêveurs, elle conserve des secrets que nous voudrions séduisants.

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Robert Lepage nous raconte des histoires à travers l’Histoire. Lorsque la réalité est discutable, il est du ressort du fantasque de nous apporter des certitudes et c’est le rôle que remplit la technologie dans ce théâtre. Bien sûr qu’il y a vingt ans, les moyens et les avancées n’étaient pas ceux que nous connaissons maintenant, mais le miracle réside dans le fait que cette technologie (révolutionnaire pour l’époque) humanise encore davantage le propos puisqu’elle se fait complice des émotions et découvertes semées tout au long du récit.

Il faut voir cette magie dont sont investis ces objets de tous les jours, leur découvrant une vocation remplie de surprises et d’humour. Que ce soit le hublot aux multiples fonctions ou cette fameuse planche à repasser (qui m’a laissé une impression indélébile), la pièce nous fait voir autrement, bousculant notre perception des choses et étendant le registre des possibles, nous laissant médusés devant le mystère de ce qui est pourtant familier.

 

Yves Jacques, qui a joué la pièce plus de 300 fois sur à peu près tous les continents, trouve visiblement toujours du plaisir à manier ce texte et à déambuler dans cet étonnant théâtre d’objets. Il continue de confirmer quel admirable et grand comédien il est, charmeur de serpent, charismatique orateur, ambassadeur de cette contrée qui est la nôtre mais qui semble parfois bien lointaine. La musique de Laurie Anderson nous enveloppe et devient une présence de même que la mise en scène fluide qui ne se fait jamais sentir.

 

C’est une leçon d’âme que nous propose Robert Lepage : à partir de l’infiniment petit, de l’individu, il nous fait accéder au cosmos et à l’universel, il nous fait franchir la clôture de nos pensées et sortir de nos évidences et appréhender le vertige d’un univers différent. On quitte le théâtre avec nostalgie parce que l’on sait que l’on vient de quitter un monde.  

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : David Leclerc

La face cachée de la lune : Une production de Ex Machina, au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 11 mai 2019.


09/04/2019
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Mon héros Oussama: la cruauté de tous les jours

Il y a du Dennis Kelly chez Fabien Cloutier et du Fabien Cloutier chez Dennis Kelly. Dans Mon héros Oussama de l’auteur britannique présentée dans la salle intime du Prospero on retrouve les thèmes chers à ces deux dramaturges : la violence contenue, la rage incontrôlable existant dans le cœur de chaque être humain et qui ne demande qu’à s’exprimer, quitte à balancer par-dessus bord le vernis de civilisation qui contribue à cohésion des sociétés.

 

Mon héros Oussama est une pièce remplie de violence, dans le propos comme dans les actes. Nous faisons connaissance avec d’antipathiques personnages : Francis et Louise, frère et sœur paumés qui en veulent à tout et à tous, Mark et Manu, lui obsédé par les très jeunes filles et elle qui se prête au jeu de la perversité. Et Gary, étrange adolescent dont le questionnement et l’espoir d’obtenir des réponses prend une bizarre tangente lorsqu’il décide de faire un exposé oral à l’école sur Oussama Ben Laden, adoptant une perspective autre que celle à laquelle nous avons été habitués.

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Mais des poubelles explosent et des garages sont incendiés dans le quartier. Francis, Louise, Mark et, accessoirement, Manu vont kidnapper Gary parce que, bien sûr, c’est lui qui doit être le responsable de tous ces incidents. De là à amalgamer Gary au terrorisme, il n’y a qu’un pas. Une séance de torture s’ensuit avec une inévitable conclusion, Gary symbolisant l’agneau sacrifié sur l’autel de la paranoïa.

 

La pièce est pleine de cris et de vociférations. Les comédiens véhiculent toute cette violence, ce qui crée forcément un malaise, magnifié par la mise en scène efficace et sans fioritures de Reynald Robinson. Éric Cabana est un Mark ambigu qui se prête au jeu de cette Manu (Élizabeth Smith) dont il est amoureux et qui se dérobe constamment; Anne-Justine Guestier est une Louise qui se laisse entraîner à poser des gestes innommables auxquels elle semble prendre beaucoup de plaisir; Gabriel Simard incarne un Francis furibond (et qui mange parfois ses mots), le genre de personne qu’on ne veut pas connaître. Et Gabriel Szabo trouve le moyen d’être à la fois étrange et lumineux dans ce personnage d’adolescent meurtri qui ne trouve sa place nulle part.

 

Puis, il y a une rupture de ton à la fin de la pièce. Francis, Louise et Mark racontent chacun une anecdote, qui fait figure, en quelque sorte, de rédemption pour chacun d’eux. De l’assistance apportée par l’exécrable Francis à un jeune homme attaqué sur la rue à la recette de saumon teriyaki de Mark, ces gens qui viennent de torturer à mort un de leurs semblables semblent délaisser la noirceur et la laideur pour aspirer à une certaine lumière. L’effet est, je dois dire, insolite et déstabilisant. Devons-nous les croire, ces gens capables de tout qui, soudain, se transforment en humanistes et en bons samaritains? Pas sûr…quoique…

 

Mon héros Oussama met en exergue le climat de peur qui règne dans nos sociétés, peur de l’autre, de ce qui est différent, de nous-mêmes aussi et de quoi nous serions capables si l’occasion de commettre certains gestes se présentait. Ce qui ressort surtout, je crois, ce sont les espérances enfuies et les rêves inatteignables de ces personnages pour qui faire face à la cruauté du monde se résume à s’approprier cette cruauté.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Canelle Wiechert

 

Mon héros Oussama : Une production du Collectif Les Fauves, au Prospero jusqu’au 20 avril 2019.

 

 


08/04/2019
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Ici: du Faubourg à m'lasse à Radio-Canada

La pièce da Gabrielle Lessard présentée à l’Espace Libre fait référence au classique Ici Radio-Canada entendu sur les ondes de la télévision et de la radio d’état depuis toujours. Mais il y a également cet Ici englobant le quartier Centre-Sud où la Maison de Radio-Canada a été érigée et a ouvert ses portes en 1973. Gabrielle Lessard fait état du milieu de vie, le Faubourg à m’lasse, qui a été détruit en 1963, forçant cinq mille personnes à quitter un endroit familier, archétype du milieu populaire canadien-français.

 

C’est à travers la voix de trois comédiens que les spectateurs se familiarisent avec ce qui s’est passé. Le personnage d'Anne Trudel est né dans ce quartier et y vit jusqu’à sa destruction. Pauvre et sans instruction, elle travaille en usine et sa vie sera chamboulée lorsqu’elle est amputée d’une jambe à la suite d’un accident de travail. Pour lequel elle n’est évidemment pas compensée. Catherine Paquin-Béchard nous fait effectuer un saut dans le temps : vivant à Sainte-Julie et rêvant de devenir actrice, c’est la tour de Radio-Canada qui la fascine dans les années 1990 et qui représente pour elle l’accomplissement de ses rêves. Sébastien René est le fils d’un journaliste de Radio-Canada. D’abord résident du Faubourg, où les carottes poussent dans l’asphalte, la famille déménagera tout près et le fils héritera du duplex familial tout en s’impliquant dans le domaine communautaire. Ces personnages ont des liens entre eux que nous découvrirons tout au long du spectacle.

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Spectacle qui aurait gagné à être resserré. Un bon 40 minutes s’écoule avant que Radio-Canada ne soit mentionné et le texte va bifurquer vers la nécessité d’une radio d’état comme renfort et chien de garde de la démocratie, faisant état entre autres du Lundi de la matraque, le 24 juin 1968, jour de la Parade de la Saint-Jean-Baptiste sur la rue Sherbrooke et où était présent Pierre Eliot-Trudeau, a dégénéré en émeute. Élu Premier ministre du Canada le lendemain, ce serait à partir de ce moment-là que le financement de la Radio d’État commence à s’effilocher et que les nombreuses compressions qui suivront au cours des années affecteront la qualité et la portée de ce diffuseur dont le mandat est d’informer, éduquer et divertir.

 

D’autres thèmes sont abordés, entre autres la grève des réalisateurs en 1959, durement réprimée par les autorités. L’échange de la fin entre le propriétaire du duplex où habite la jeune actrice en devenir est savoureux : lui qui écoutait Atome et galaxie lorsqu’il était jeune, se souvient de la grandeur et de l’importance du diffuseur public lors de ses belles années. La jeune fille ne connaît rien de tout cela et apprend les choses avec étonnement. Et je pense bien que ce discours d’adressait aussi aux jeune public qui se trouvait dans la salle, ce qui est une excellente chose.

 

Magnifiquement éclairée par Cédric Delorme-Bouchard, la scène nue met en relief les projections du quartier disparu que l’on peut voir sur le mur d’arrière-scène. Rempli de bons moments et de bonnes intentions  et servi par trois talentueux comédiens, Ici souffre cependant de ne pas vraiment trouver un fils conducteur fort. Les deux sujets abordés, ce Faubourg qui n’existe plus et Radio-Canada qui n’en a peut-être plus pour longtemps (certains conservateurs à Ottawa se feraient un plaisir de mettre la hache dedans) ne connectent pas vraiment et ne se fondent pas dans un tout harmonieux. Il y a dans Ici  le matériau de deux pièces de théâtre, la tentative de les amalgamer demeure, hélas, un peu maladroite.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Sylvie-Ann Paré

Ici : à l’Espace Libre jusqu’au 6 avril 2019.


27/03/2019
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