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Alpha & Omega: oh boy!

Ce que j’ai vu à l’Espace Libre, cet Alpha & Omega écrit par Christian Vanasse, m’a rappelé de ces pièces d’élèves du Secondaire qui ont écrit n’importe quoi et qui ont monté un spectacle sous la direction totalement inadéquate d’un prof de théâtre vraiment poche. Alexis Martin et Daniel Brière font partie de cette production, l’un comme conseiller à la dramaturgie et l’autre à la mise en scène. J’écris ça et j’ai envie de mettre mon front sur la table et de pleurer.

 

Dans un décor futuriste, avec des gadgets lumineux et des costumes inspirés par les films de science-fiction des années 50, une équipe de scientifiques québécois (qui viennent de Saint-Armand ou de Shawinigan) se dirigent dans une capsule vers le centre de la terre pour récupérer un minerai rare, l’Actium. Ce que ça fait, l’Actium, n’est pas clair mais ça semble posséder de grandes vertus. Ce huis-clos à cinq personnages est supervisé par Domo, le robot à la voix désincarnée. C’est lui qui va inviter ponctuellement le public à utiliser le téléphone cellulaire afin de choisir entre plusieurs possibilités lors du déroulement de ce que je n’ose appeler l’action. Eh oui! Pour une fois, on ne nous dit pas de fermer nos téléphones avant une représentation. Le nœud de l’affaire, si on peut dire, réside dans le fait que Wong, la responsable de la sécurité qui parle un insupportable mélange de français et d’anglais, va tenter de récupérer les travaux de l’équipage au profit de la Corporation pour laquelle elle travaille secrètement.

 

Après vingt minutes j’ai constaté que le tout manquait singulièrement de ressort dramatique, de rythme et de quelque élément que ce soit susceptible de susciter mon intérêt. Ça ne s’est pas amélioré par la suite: on est tombé de Charybde en Scylla. Plusieurs fois.

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Ce texte, qui n’a rien d’immortel, est truffé de lieux communs sur l’utilité des machines, sur les bienfaits de la cybernétique, sur l’altruisme de l’humanité, sur la recherche subventionnée par les gouvernements et qui sert ultimement les intérêts corporatifs.  De temps en temps, un jargon scientifique incompréhensible parsème les dialogues. J’oubliais! On cite aussi Nietzsche et Baudelaire et il y a une pub de bière. Et lorsque l’auteur ne savait plus quoi faire, il a eu l’idée de laisser le public choisir entre trois possibilités qui n’ont aucun rapport avec quoi que ce soit. Les comédiens doivent alors improviser sur le thème choisi ce qui donne lieu à des ruptures de ton, à des dérapages, à une séance de karaoké et à des passages vraiment longuets et totalement dépourvus d’intérêt. Ne s’improvise pas improvisateur qui veut, qu’on se le dise.

Tout est puéril là-dedans : les thèmes, la fabrication et le rendu; les personnages sont caricaturaux, c’est mal écrit, mal joué, mal foutu et on ne peut pas parler de mise en scène dans ce fatras, dans cette histoire sans queue ni tête où les comédiens semblent complètement perdus.

 

Remarquez, peut-être que je n’ai rien compris et qu’il y a un deuxième degré là-dedans que je n’ai pas trouvé comme il y en a un, semble-t-il dans le film Starship Troopers (je cherche encore). Peut-être qu’Alpha & Omega se veut la dénonciation de la technologie et du fait qu’on perd un temps fou avec des âneries, comme j’avais la très nette impression de perdre mon temps dans la salle ce soir-là. Peut-être. Mais technologie ou pas, rien ne remplace une bonne histoire et ici il n’y a strictement rien qui ressemble à ça.

 

J’ajouterai en terminant que tous ces palabres inutiles et ennuyeux autour de l’Actium m’ont rappelé la bataille du même nom, en 31 avant Jésus-Christ qui opposait Octave à Marc-Antoine et Cléopâtre. Octave a gagné et est devenu César Auguste. Cet Actium-là était pas mal plus intéressant.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Marlène Gélineau Payette

 

Alpha & Omega : Une production NTE et Urbania, à l’Espace Libre jusqu’au 19 mai 2018.



30/04/2018
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