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Non Finito: distiller l'ennui dans toute sa splendeur

J’ai rarement vu un spectacle aussi ennuyeux et mortifère que Non Finito, théâtre performatif de Claudine Robillard et Anne-Marie Guilmaine présenté aux Écuries. J’ai dû regarder ma montre au moins quarante-deux fois, pensant qu’elle était défectueuse parce que le temps semblait s’être arrêté, comme lors d’un interminable cours de maths. Je comprends le concept, intéressant d’ailleurs, qui est à l’origine de cette pièce mais disons que l’exécution laisse plus qu’à désirer.

 

Non Finito se veut une exploration de tous les projets inaboutis qui composent la vie. Donnant beaucoup dans la nomenclature, sans aller très loin dans l’analyse ou dans les causes de cette éternelle procrastination, Claudine Robillard nous parle tout d’abord (alors que le public est assis très inconfortablement dans des gradins) de cet herbier en 1983, d’un roman commencé avec sa mère en 1985, de ses cours de flûte et de piano, abandonnés, de la gymnastique et de la natation dont elle a tâté, de ses rêves de devenir une chanteuse populaire ou de changer le monde grâce à la coopération internationale. Toutes choses qu’elle n’a jamais poursuivies, incidents plus ou moins significatifs (plutôt moins que plus, en fait) semés le long de sa vie et qui la hantent toujours semble-t-il. Car, vraiment, tout le monde a connu de semblables pseudo-échecs, des trucs commencés et jamais terminés. Et je ne suis pas sûre qu’il vaille la peine d’y consacrer un spectacle.

 

Alors qu’elle nous raconte tout cela, en faisant de longues pauses, le tout se déroulant trèèèèèèès lentement, et que nous sommes toujours super mal assis, Claudine Robillard apparaît désarmante. Et peut-être désarmée aussi. Elle poursuit en nous parlant de cette pièce quelle voulait écrire et où le comédien qui la jouait a répété la même scène pendant huit mois parce qu’elle ne savait pas ce qui venait après. Bon, très bien. Elle va ouvrir un grand rideau et nous inviter à nous asseoir dans de véritables fauteuils, dieu merci, et la rejoindront sur scène d’autres personnes avec des projets qui n’ont pas marché non plus, que ce soit à cause des circonstances de la vie, de l’immigration dans un autre pays ou, irais-je jusqu’à dire, d’une certaine inertie. Ces gens ne sont pas des comédiens professionnels et en plus des problèmes inhérents de diction et de livraison du texte, ils manquent tous à divers degrés de présence et d’épaisseur. Leurs histoires demeurent des anecdotes et à aucun moment ne me suis-je sentie investie ou interpellée par ces projets qui ne se sont jamais réalisés. L’idée était bonne mais manque de poli et de fini.

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Il y a beaucoup de moments qui sont étirés jusqu’à l’extrême limite et qui deviennent quasi contemplatifs. Il y a aussi une absence de rythme, d’énergie, de passion qui plombe complètement la représentation, Claudine Robillard est charmante mais avec sa voix douce, son ton trop mesuré, sa gestuelle délicate, ses longues pauses, elle dégage une impression de paralysie. Il n’y a aucun moment d’intensité et il manque également à Non Finito de l’humour, un regard ironique et caustique sur soi-même et sur toutes ces tentatives avortées de faire quelque chose, une ouverture aussi peut-être sur l’action. Car tout ça se prend terriblement au sérieux.

 

Claudine Robillard, tout au long de ce spectacle, ne dégage aucune énergie. Je comprends pourquoi très peu de ses projets se sont concrétisées pour elle. Pour accomplir quelque chose, il faut parfois s’agiter un peu. Elle dégage davantage un attentisme quasi minéral que l’enthousiasme et la détermination des gens entreprenants et bouillonnant d’idées qui se jettent à corps perdu dans un tourbillon d’activités. L’impression qui m’est restée est celle de quelque chose de crépusculaire qui distille un ennui profond. Peut-être que je n’ai rien compris, qu’il s’agit d’un éloge de la lenteur et de l’inachèvement. Mais je préfère la saveur violente et fugitive de la vie aux regrets qui accompagnent l’idée d’un herbier jamais complété il y a trente ans et surtout le fait de se réaliser dans l’action plutôt que d’attendre que quelque chose se passe.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Jonathan Lorange-Millette

Non Finito : Une création de Système Kangourou, aux Écuries jusqu’au 29 avril 2017.



24/04/2017
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