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C'est bien beau le théâtre, mais il y a aussi le Kentucky Derby

Le premier samedi de mai c’est le Derby du Kentucky, un événement vieux de 143 ans dans le monde équestre. Des quelque 35,000 chevaux pur-sang de trois ans en principe éligibles, seulement 20 vont participer à cette prestigieuse course. Et parmi ces 20 chevaux, on espère toujours que le gagnant remportera le Preakness (couru deux semaines plus tard à Baltimore) et le Belmont (trois semaines après en juin à New York) pour devenir champion de la Triple Couronne, remportée seulement douze fois. Le dernier en date, American Pharoah (non, il ne s’agit pas d’une coquille, c’est son nom) a gagné la Triple Couronne en 2015, après 38 ans de disette.  En 1978, un cheval nommée Affirmed, monté par un petit jockey de 18 ans, Steve Cauthen, s’était inscrit dans la légende. Par la suite, Cauthen a sombré dans la drogue et l’alcoolisme. C’est ce qui arrive parfois quand on atteint le sommet trop tôt. Le cheval, pour sa part, a continué sa vie de cheval. Mais le plus sensationnel de tous les chevaux, selon moi, est Secretariat.

 

Secretariat était la propriété d’une femme, Penny Chenery et en 1973 ce n’était pas évident dans cet univers d’éleveurs, d’entraîneurs et de propriétaires essentiellement de sexe masculin. Le jockey de Secretariat était acadien et s’appelait Ron Turcotte, son entraîneur, Lucien Laurin, était originaire de Joliette. Sous la houlette de cet improbable duo Secretariat a battu tous les records, courant le Kentucky Derby en 1 minute 59 secondes, le temps le plus rapide jamais enregistré, gagnant sans effort le Preakness et remportant le Belmont par 31 longueurs, ce qui ne s’était jamais vu avant et ne s’est pas reproduit depuis. Il a été le seul « athlète » à faire simultanément en juin 1973 la couverture de Time, Newsweek et Sport Illustrated. Lors de l’autopsie effectuée après sa mort en 1989 on s’est rendu compte que son cœur pesait 21 livres alors que normalement le cœur d’un cheval de course en pèse 9. Secretariat était exceptionnel à tous les niveaux et faisait preuve aussi d’heureuses dispositions face à la vie, ce qui le démarquait encore plus puisque certains chevaux de course sont très agressifs.

Après Secretariat et sa Triple Couronne de 1973, Seattle Slew a gagné en 1977 puis Affirmed en 1978. Puis, plus de grand champion cheval jusqu’en 2015. J’avoue avoir pleuré lorsqu’American Pharoah a réitéré l’exploit, comme on pleure lorsqu’on voit l’Histoire s’écrire sous nos yeux. Et voici une photo de Secretariat.

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Tous les chevaux de course descendent de trois ancêtres : Godolphin Arabian, Darley Arabian et The Byerley Turk, des chevaux arabes qui se sont retrouvés en Angleterre au XVIIIème siècle et dont la beauté, l’endurance et la vitesse ont déterminé les critères auxquels doivent se soumettre, encore à ce jour, les pur-sang.

 

Les 20 chevaux qui vont courir samedi sont donc des descendants des fondateurs de la lignée et vont contribuer à la réputation du Kentucky Derby qui se veut les deux minutes les plus excitantes dans le monde du sport. Le réseau NBC, qui diffuse l’événement, en fait une émission de plus de quatre heures où on retrouve des segments sur les entraîneurs, les propriétaires, les chevaux aussi évidemment et à chaque année une histoire larmoyante de rédemption qui fera pleurer dans les chaumières. Il y a aussi de l’analyse, des spéculations, beaucoup de blabla et des conseils pour les paris. Car l’un des plaisirs consiste à aller mettre un petit deux sur le cheval qui, croit-on, l’emportera. On peut faire ça à Montréal à Place Dupuis où il y a un Hippo-Club. J’en ai fait une tradition  dans ma vie. Je n’ai jamais gagné gros mais je n’ai jamais perdu beaucoup non plus. Et ça ajoute un je-ne-sais-quoi à la course. En 2002 j’ai parié sur le total underdog au Belmont, Sarava, qui était à 70 contre un. Il a gagné. Je sautais partout.

 

Ce qui démontre bien qu’on ne sait jamais avec les chevaux et que le résultat d’une course peut être totalement imprévisible : le favori peut être de mauvaise humeur ce jour-là, le deuxième favori peut avoir un abcès sous le sabot qui l’empêchera de donner sa pleine mesure. Malgré les apparences, ces bêtes sont d’une incroyable fragilité : en 2008 Eight Belles, une pouliche, est arrivée deuxième au Kentucky Derby. Elle n’avait pas aussitôt traversé la ligne d’arrivée qu’elle s’est écroulée, les deux chevilles avant brisées. On l’a euthanasiée immédiatement.

 

Les noms que les chevaux portent, et il y en a d’assez incroyables et poétiques, doivent être approuvés par le Jockey Club et ne pas dépasser dix-huit lettres. Cette année, par exemple, il y a un Thunder Snow, un Always Dreaming, un Classic Empire et un Practical Joke. Peu de femelles courent ces distances extrêmement exigeantes. Une fille de Secretariat, Lady Secret, a bien fait dans les courses où elle a couru mais ce sport demeure une affaire de gars, de chevaux, de gens riches aussi : un sport de rois ou de sheiks arabes mettant en scène la plus noble conquête de l’homme.

 

Y aura-t-il un autre champion de la Triple Couronne en 2017? Pourquoi n’y en a-t-il  eu qu’un seul au cours des dernières 38 années? Qu’est-ce qu’ils ne font pas bien, les entraineurs et les jockeys? Est-ce que la race générée il y a plus de deux siècles est sur son déclin? Faudrait-il mettre du Quarter-horse là-dedans, du Mustang, du destrier ou du palefroi? Je ne sais pas. Une chose que je sais: à chaque année, le spectacle de ces bêtes magnifiques qui peuvent atteindre sur de courtes distances des vitesses folles me comble d’aise. Essayez, vous m’en donnerez des nouvelles.

 

Marie-Claire Girard

 



05/05/2017
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