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ÇA! Ni Stephen King, ni Freud

Les mots les plus simples sont souvent porteurs de secrets que nous ignorons. C’est le thème de la très charmante pièce Ça! que propose la Maison Théâtre aux petits de trois à cinq ans, pièce que j’ai vue en compagnie de Léopold S. à qui j’expliquais que Ça!  n’avait rien à voir avec Stephen King ou avec les théories de Freud. Pas qu’il s’en préoccupait beaucoup, remarquez.

 

C’est souvent de la simplicité que naissent les meilleures idées. Les auteurs, Louis-Dominique Lavigne et Étienne Lepage, ont pris des mots usuels, les premiers concepts que les enfants saisissent et qu’ils connaissent tous: la doudou, le toutou, le biberon, la couche, la poussette, le lit à barreaux…À partir de ces mots se greffent des moments, des anecdotes, des histoires égayés de rimes et d’allitérations colorées qui confèrent une dimension et une profondeur à ces mots de tous les jours. Ainsi, la poussette que les petits n’aiment pas particulièrement parce qu’associée au bébé. Mais c’est difficile aussi de vouloir être autonome à trois ans. On trouve également des clins d’œil aux parents avec entre autres le petit qui refuse de dormir et le papa épuisé qu’on devine au bout du rouleau. Tous ces objets dont on parle sont intimement liés à l’enfance, aux premières années de la vie et leur abandon qui succède souvent au plus vif attachement, constitue une étape vers autre chose. Cela s’appelle grandir.

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La scénographie et la mise en scène de Lise Gionet sont pleine de trouvailles et savent nous faire pénétrer dans cet univers avec quelques objets judicieux qui remplissent parfaitement leur fonction: un grand drap blanc gonflé par endroit et à qui la comédienne va donner différentes formes grâce à des crochets, quelques accessoires multi fonctionnels qui deviennent les objets dont on parle. Milva Ménard, seule en scène pendant les 45 minutes du spectacle, livre ce texte délicieusement fantasque avec humour et bienveillance; elle est vivante, elle bouge bien, elle est à la fois sympathique et charismatique et sait véhiculer à travers les mots les images parfois fortes contenues dans l’écriture.

 

Je dois dire que, contrairement à d’autres occasions, le jeune public de la Maison théâtre semblait résolument captivé par ce spectacle, des petites créatures qui se sont comportées de façon admirable. C’est dans le recueillement et le silence que tout s’est déroulé alors que nous buvions les paroles de Milva Ménard. Qui a su nous envoûter. Ça! relève le défi de parler du rapport prodigieusement simple et parfaitement compliqué que les enfants (et les adultes) entretiennent avec ces objets de tous les jours qui font partie de la vie et qui ont la possibilité d’incarner un adorable imaginaire. Léopold S. a beaucoup aimé cette pièce pleine de charme, et moi aussi.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Paul Patrick Charbonneau

Ça!: Une production du Théâtre de Quartier, à la Maison Théâtre jusqu’au 22 octobre 2017.


16/10/2017
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Last night I dreamt that somebody loved me d'Angela Konrad

 

La pièce d’Angela Konrad présentée à l’Usine C, Last night I dreamt that somebody loved me débute avec une chanson de Shirley Bassey qui nous donne le goût de se précipiter pour acheter tous ses disques. Je crois qu’avec Peggy Lee, c’est une des plus belles voix parmi les chanteuses américaines, une voix qui véhicule l’émotion, l’absence, le désir et l’attente qui n’est jamais comblée. Ce qui est tout à fait de circonstance, puisqu’Eric Bernier va nous parler pendant une heure trente de son désordre amoureux.

 

Le propos est philosophique, questionnant la notion de bonheur, soulignant que l’on peut être satisfait de son existence sans pour autant être heureux et que le bonheur n’est pas l’absence de malheur, abordant de biais la notion de romantisme dont nous nourrissent la littérature, la musique, le cinéma et oui, le théâtre. Et que ce désir d’absolu stimulé par tous ces éléments extérieurs à nous et mis en place par des gens qui, espérons-le, ont vécu les mêmes affres, demeure la plupart du temps inassouvi. Nous sommes des êtres imparfaits à la  recherche de la perfection, tout cela est donc voué à l’échec.

 

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La scène de l’Usine C est nue, un rectangle illuminé délimite un espace où Eric Bernier, qui nous parle de tout cela, va évoluer la plupart du temps. Quatre danseurs, trois jeunes hommes et une jeune fille viennent sporadiquement, métaphorisant dans le mouvement les propos entendus. Le tout est esthétiquement léché, un plaisir pour les yeux et pour les oreilles avec les chansons de Shirley Bassey et de The Smiths. Le comédien va tout d’abord se moquer de lui-même et de cette quête futile pour, peu à peu, sombrer dans une certaine complaisance narcissique remplie de pleurs et de grincements de dents, se plaignant longuement de ne pas avoir trouvé son complément, sa moitié, l’être sans qui tout est dépeuplé. Le texte est par moments lyrique avec des envolées existentielles sur la solitude, sur les illusions que peut procurer l’amitié, sur les nombreuses déceptions qui parsèment une vie.

 

Et bien que j’ai pris du plaisir à entendre Eric Bernier me dire tout cela, je n’ai pu m’empêcher de trouver cette contemplation de soi-même et cet étalage de redites par moment bien stériles. On effleure le phénomène des médias sociaux ainsi que les diktats liés au fait que nous évoluons dans une société où le paraître est plus important que l’être. Mais rien n’est poussé très loin et souvent j’ai eu l’impression qu’on me déballait une série de lieux communs qui ne sont que trop familiers.

 

La fin du spectacle est absolument drôle et charmante mais également pleine d’ironie. Je crois que c’est ce qui manque à ce qui a précédé: de l’autodérision, une posture qui ne se prend pas trop au sérieux en nous rappelant des choses que nous savons déjà et que nous avons lues et entendues mille fois. C’est à voir pour la performance d’Eric Bernier mais il manque à ce spectacle une certaine légèreté qui nous aurait procuré une distance face à ce désenchantement amoureux palpable qui a vraiment trop été rabâché.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo: Le Pigeon

Last night I dreamt that somebody loved me: à l’Usine C jusqu’au 21 octobre 2017.


12/10/2017
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La mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller: une vie meurtrie

On dit souvent de La mort d’un commis voyageur qu’il s’agit d’une remise en question de l’ American dream. L’excellente production du Rideau vert fait évidemment état de ce thème, mais j’ai été davantage frappée par les relations tordues entre le père et les fils, des rapports déformés par le mensonge et les approximations, une situation dont la mère se fait complice.

 

Le metteur en scène Serge Denoncourt a choisi le minimalisme et la sobriété pour rendre le drame de Willy Loman, un homme usé, brimé et brisé dont on sent tout le désarroi et toute l’anxiété dès son entrée au début de la pièce. Et il n’est pas nécessaire d’en rajouter car ce texte fort et puissant, cette radiographie d’une Amérique sans pitié pour les perdants, tient formidablement la route.

 

D’un côté le père, Willy, voyageur de commerce pour la même compagnie depuis 36 ans. Son idole est un de ses collègues qui a travaillé jusqu’à 84 ans, le summum de la réussite selon Willy. Il n’y a aucun questionnement sur le fait que si les travailleurs avaient accès à un fond de pension, ils pourraient prendre leur retraite sans se retrouver dans la misère. Et qu’il faudrait peut-être remettre en question un système où on presse les gens comme des citrons pour les jeter comme une vieille serviette lorsqu’ils ne sont plus à la hauteur des performances qu’on attend d’eux. J’imagine que pour Willy et pour une tonne de ses contemporains (et pour encore bien des gens aux États-Unis) il s’agit là d’un dangereux virage socialiste. D’ailleurs la même problématique émergeait dans Glengarry Glen Ross, présenté sur la scène du Rideau vert en 2016.

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De l’autre les fils, Biff et Happy, sur qui reposaient les espoir du père. Happy, le cadet, a un job minable et Biff ne rêve que d’aller travailler sur une ferme. Ils vont pendant un moment se prêter au jeu et tenter de satisfaire ce père qui ne rêve que de les voir se lancer en affaires et de réussir là où lui a échoué. Mais tout ce monde manque singulièrement d’envergure et de détermination, d’ambition quoi. On ne peut pas en vouloir à un père de désirer mieux que ce qu’il a connu pour ses fils, mais on est un peu découragé devant les œillères qu’il s’acharne à garder, devant l’absence de lucidité qu’il manifeste, devant sa monomanie, répétant toujours les mêmes diktats, les mêmes clichés, s’acharnant à croire que parce que ses fils sont de beaux garçons avenants, ils ont tout pour réussir dans la vie. Eh non, ça ne marche pas nécessairement comme ça.

 

La distribution de cette pièce est impeccable. Tous les rôles secondaires sont investis par de très bons comédiens mais mentionnons la présence de Robert Lalonde qui incarne le frère de Willy, celui qui a réussi. Et il le fait avec une prestance et une noblesse goguenardes. Marc Messier rend son personnage de Willy Loman avec la conviction d’un colosse aux pieds d’argile vacillant sur son socle. On sent la fragilité de cet homme et la tendresse qui l’habite mais aussi tous les rêves qu’il a vu s’écrouler au cours de sa vie, le laissant amer et désillusionné. Louise Turcot est superbe dans le rôle de Linda, la femme qui soutient son mari même si elle est traitée parfois comme un chien. Les fils, joués par Eric Bruneau et Mikhaïl Ahooja, sont parfaits, tout à fait conscients de la déception qu’éprouve leur père face à eux, mais ne pouvant s’empêcher d’être menteurs et frimeurs pour tenter de le satisfaire. Eric Bruneau est particulièrement touchant lors d’une scène vers la fin où il se révèle le miroir lucide et douloureux de Willy, refusant de continuer de vivre dans de stupides illusions, acceptant d’être ce qu’il est : vertigineusement ordinaire.

 

L’humour ne coule pas nécessairement de source chez Arthur Miller. Il y a des répliques drôles et qui font mouche dans cette pièce, découlant principalement de l’aveuglement et de la naïveté des protagonistes. Mais au cœur de cette tragédie, Miller glisse une allusion à Joe Dimaggio, le célèbre joueur de baseball, qui épousera Marilyn Monroe en 1954. Le dramaturge épousera l’actrice en 1956, après son divorce d’avec Dimaggio.  Le texte de La mort d’un commis voyageur a été écrit en 1949. Cela m'a beaucoup amusée. Arthur Miller, visionnaire?

 

Dans La reine morte d’Henry de Montherlant, Ferrante dit à son fils : Je vous reproche de ne pas respirer à la hauteur où de respire. (Je sais, plus personne ne lit Montherlant). Et si je mentionne cette phrase c’est parce qu’il s’agit d’un roi qui s’adresse à son héritier. Et que Willy Loman ne peut même pas prétendre à respirer à une certaine hauteur puisqu’il a toujours accordé son souffle avec ce qu’il y a de plus médiocre, se contentant de mentir et de rêver, de se raconter des histoires à lui-même et de projeter sur ses deux fils des aspirations aussi grandioses qu’absurdes. Willy Loman est la victime de l’univers brutal dans lequel nous vivons, et sa tragédie c’est qu’il prétend tout savoir alors qu’il n’a jamais rien appris.

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo : Jean-François Hamelin

 

La mort d’un commis voyageur : Au Rideau Vert jusqu’au 4 novembre 2017.


09/10/2017
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Les bâtisseurs d'empire: Boris Vian, drôle et inquiétant

Boris Vian est à nul autre pareil. Avec son humour caustique et ce désespoir qui s’exprime à travers des personnages déjantés, il nous a donné d’inoubliables moments de littérature. Je me souviens avec affection et émotion de Chloé et Colin, de Chick et de Jean-Sol Partre, de cette Clémentine mère de triplets, Joël, Noël et Citroën, qu’elle enferme dans une cage d’or pour les soustraire aux dangers du monde et de Jacquemort qui connaîtra un terrible destin dans ce village où on vend les vieux et où on crucifie les chevaux. Boris Vian, c’est plein d’absurde, de poésie et d’horreur.

 

J’étais très curieuse de voir cette production des Bâtisseurs d’empire que présente le Théâtre Denise-Pelletier. Je me demandais si Boris avait bien vieilli, au moins à travers son œuvre puisque, mort à 39 ans, il n’a pas pu le faire dans la vie. La réponse est oui. Dans la mise en scène à la fois folle et précise de Michel-Maxime Legault, des personnages disloqués disent des insanités pour le plus grand plaisir des spectateurs. L’histoire est évidemment bizarre: un son étrange (et dangereux?) force une famille à monter les étages de l’immeuble où elle habite, se retrouvant dans des espaces de plus en plus exigus et de plus en plus miteux. Ils trimballent avec eux armes et bagages et sont accompagnés de leur bonne. À chacun de ces étages, ils trouvent le Schmürz, un étrange bonhomme recouvert de bandages sanguinolents contre lequel les autres personnages s’acharnent physiquement. Et c’est très violent, même si les attaques sont chorégraphiées: on le roue de coups de pied, de coups de poing, on le lacère avec des ciseaux, on lui donne des coups de couteaux, tout le monde s’acharne sur lui en même temps qu’ils l’ignorent complètement. Ce qui est très perturbant. Sasha Samar, qui joue le rôle du Schmürz, et qui assure une présence remarquable avec un regard égaré et en ne disant jamais un mot, doit être couvert de bleus à l’heure actuelle.

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Les costumes de Marc Senécal sont d’un ridicule assumé, colliers de perles et cheveux impossibles ou culotte d’équitation très exagérée pour la mère et la bonne, jouant davantage la sobriété pour le père et le voisin et donnant à la fille, Zénobie, une allure presque normale. Les dialogues, eux, sont loin de la normalité. L’humour tient pour beaucoup au fait que tout le monde prend tout ce qui est dit au pied de la lettre et que personne n’écoute personne alors que Cruche, la bonne, se révèle pour sa part l’as du synonyme avec des énumérations tordantes d’objets ou de choses à manger. Il y a aussi un côté vieille France fort amusant avec cette politesse surannée que pratiquent les parents lors de la visite du voisin et qu’ils échangent des propos d’une inanité sans fond.

 

Les comédiens, je crois, s’amusent autant que nous. Josée Deschênes est merveilleuse dans le rôle de cette mère dépassée par les événements, donnant l’impression d’ailleurs que même dans sa vie d’avant elle devait être tout aussi inadéquate. Marie-Ève Trudel est une bonne formidable, conférant à son personnage une énergie hargneuse à travers laquelle se perçoit le mépris qu’elle entretient envers ses patrons. Marie-Pier Labrecque, en Zénobie, joue avec l’équilibre instable et les sautes d’humeur de ce personnage de 17 ans et Olivier Aubin, le voisin de palier, se révèle le maître du dialogue délirant. Gabriel Sabourin, le père, est remarquable. C’est sous son autorité de plus en plus défaillante que tous ces déménagements se font et tout comme la famille perd un peu plus de ses possessions à chaque fois, ce père se dépouille aussi un peu plus de son humanité et de sa superbe à chaque étage pour se retrouver à la fin terriblement vulnérable. Gabriel Sabourin donne ici une composition multidimensionnelle d’un rôle qui aurait pu sombrer dans la caricature.

 

À la fin, Zénobie va réciter/chanter des extraits de La java des bombes atomiques. Les bâtisseurs d’empire, tout comme cette chanson, c’est très drôle et aussi très inquiétant. Je me suis creusée la tête pour trouver une signification à la présence du Schmürz, tentant de le glisser dans un moule de figure christique mise là pour nous faire réaliser la cruauté de notre civilisation et le prix qu’il faut payer pour bâtir des empires ou quoi que ce soit d’autre qui pourrait avoir du sens. Peut-être. Mais on ne peut pas mettre Boris Vian dans un moule, lui qui n’appartient à aucun courant littéraire, pigeant des influences chez les surréalistes comme dans le théâtre de l’absurde et se moquant des codes et des contraintes. Après tout ça ne m’étonne pas. Car Boris Vian est aussi celui qui a écrit dans une chronique que l’existentialisme était une nouvelle façon de s’habiller…

 

Marie-Claire Girard

 

Crédit photo: Gunther Gamper

 

Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz : au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 21 octobre 2017.


03/10/2017
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Visage de feu: l'adolescence qui tourne mal

Le dramaturge allemand Marius Von Mayenburg transpose la tragédie grecque dans le quotidien de deux adolescents avec Visage de feu que présente Territoire 80 dans la salle intime du théâtre Prospero. Tissée d’incompréhension, d’ambiguïté, de marginalité et de drame il s’agit d’une pièce qui reste avec le spectateur et sur laquelle on réfléchit longuement après l’avoir vue.

 

La scénographie de Cédric Delorme-Bouchard toute de drapés blancs au centre pour la chambre à coucher des deux jeunes gens, ajoutant sur la gauche une table de DJ et un amas de toutous géants et à droite une porte donnant sur une salle de bain où fonctionne une sécheuse est un parfait mélange d’onirisme et de réalisme. Ce sont dans ces lieux délimités (et c’est un tour de force dans ce tout petit espace) qu’Olga et Kurt vont se livrer à des jeux qu’on pourrait qualifier d’interdits avec les interventions ponctuelles des parents, parents dont l’aveuglement et la médiocrité atteint des sommets. Ces figures d’autorité, qu’on ne voit jamais mais dont on entend les voix, sont interprétées avec brio par Nathalie Claude et Stéphane Crête. Marie Fannie Guay et Solo Fugère incarnent les enfants de cette famille qui ne fonctionne vraiment pas bien.

 

Deux ados, donc, qui se cherchent et qui cherchent leur place dans ce monde. Coincés entre des parents idiots et l’incompréhension généralisée rencontrée chaque jour, ils se réfugient dans un imaginaire tordu, explorant des avenues prohibées et jouant de leurs fantasmes. Kurt, cependant, voudra concrétiser sa rébellion et posera des actes qui auront d’effroyables conséquences.

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La mise en scène de Laurence Castonguay Emery met l’accent sur la physicalité, peut-être pas autant qu’on pourrait s’y attendre mais suffisamment pour qu’on ressente la difficulté d’adolescents d’habiter ces corps en perpétuel changement en même temps qu’ils sont à la recherche de leur identité. Alors que Marie Fannie Guay transmet la naïveté mêlée de sensualité sauvage de son personnage et qu’elle est parfaitement crédible, Solo Fugère semble rencontrer des difficultés à investir son rôle de garçon qui na l’air de rien mais qui est plein de violence et de révolte. Son jeu est inégal et il sonne souvent faux lors de ses interventions.  Ce n’est qu’à la fin lors de la puissante conclusion de cette pièce qu’il nous offrira une véritable performance.

 

Je ne connaissais pas le travail de Marius Von Mayenburg et Visage de feu m’a semblé une excellente introduction. L’adaptation qu’en a fait Guillaume Corbeil, utilisant une langue qui nous est familière et qui résonne avec justesse, véhicule également tout le non-dit contenu dans ce texte. C’est une incursion dans un monde parallèle rempli de petits drames, de petites tragédies qui vont bientôt prendre des proportions inhumaines. Car ce sont encore des enfants qui évoluent devant nous et leur affolante lucidité ne nous fait pas oublier qu’ils ne possèdent ni le jugement ni l’expérience nécessaires pour faire des choix éclairés. Ce qui constitue un début d’explication à certains actes dont les motivations nous demeurent énigmatiques et qui suscitent l’horreur au sein de nos communautés. Visage de feu s’installe dans nos têtes comme une blessure triste et terrifiante  tellement il est angoissant de constater que pour se sentir vivants, de beaux jeunes gens intelligents doivent tout détruire autour d’eux.

 

Marie-Claire Girard

 

Visage de feu : Une production Territoire 80, à la salle intime du Prospero jusqu’au 14 octobre 2017.


02/10/2017
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